mercredi 12 août 2020

Les visages de l’apocalypse

Il avait 7 ans. Un visage espiègle, le sourire d’un enfant du monde. Julian est mort à Barcelone tué lors de l’attaque des terroristes sur les Ramblas. Il se trouvait dans la capitale catalane avec sa maman pour assister à un mariage. Il figure parmi les victimes de trente nationalités différentes composant la foule qui a été fauchée par la camionnette blanche. La photo de ce petit Anglo-Australien exprime de la façon la plus révoltante comment l’innocence a été victime d’un groupe de fous radicalisés et d’une idéologie religieuse fanatisée.

Le responsable de l’assassinat du petit Julian, celui qui conduisait la camionnette, a lui aussi son visage affiché dans tous les médias. Younes Abouyaaqoub, un Marocain de 22 ans, a été abattu par la police hier en fin d’après-midi. Dans sa fuite, le terroriste a fait une victime de plus : un automobiliste pour s’emparer de sa voiture. La photo de ce terroriste montre un homme juvénile, à peine sorti de l’adolescence. Ces deux visages que l’on voit partout, l’un d’une petite victime, l’autre d’un bourreau, sont ceux de l’apocalypse. Ils signifient, pour des raisons évidemment opposées, que la terreur vient de frapper nos sociétés et nous frappera encore.
D’un côté, l’insouciance foudroyée par la mort. Le plaisir simple de participer à une fête de famille, de se balader dans une ville touristique, de faire des achats, de manger une glace. De l’autre, une entreprise de lavage de cerveau qui, au nom d’un Dieu, produit des guerriers capables de sacrifier leur vie pour semer une désolation jugée salvatrice.

Après Paris, Bruxelles, Berlin, Londres, le terrorisme islamiste a donc frappé un autre ville symbole de notre mode de vie, de nos libertés et des métissages de nos sociétés modernes. La mort de Julian et le parcours suicidaire de son meurtrier montrent à quel point ces djihadistes ont la funeste et farouche volonté de faire disparaître ce que nous incarnons. Ils indiquent en plus que la même désolation peut survenir partout et n’importe quand. Un constat abominable et sidérant.

A Barcelone, des milliers de citoyens ont crié lors d’un rassemblement après les attentats : « Je n’ai pas peur ». La contemplation du visage du petit Julian comme de celui de son meurtrier nous rend moins affirmatif. Dans un tribune publiée hier par le Monde, l’écrivain espagnol, Victor del Arbol appelle pourtant à ne pas céder à cette peur : « C’est nous, les uns avec les autres, qui devrons apprendre à remporter la seule bataille que nous ne pouvons pas perdre : celle de notre liberté, celle de chaque homme et de chaque femme de bien dans ce monde ».
Juste des mots qui ne pourront évidemment rien enlever à la douleur infinie des victimes, ou apaiser les douleurs des survivants. Des paroles qui ne pèsent pas lourd face à l’ampleur de la tâche des services de renseignements et de la police anti-terroriste. Mais le seul moyen pour chaque citoyen de s’opposer à cette obscurantisme dans lequel veut nous conduire l’islam radical, grégaire et intolérant.

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3