dimanche 25 octobre 2020

Ne pas hurler avec les loups

Une semaine après les rodéos motos - les puristes appellent cela du "wheeling" - qui ont donné lieu à des échauffourées impressionnantes dans le quartier du Chaudron, et la rue Roger Payet en particulier, était baigné d’une quiétude toute dominicale. L’effet de la rentrée scolaire ? La présence des fourgons de police, garés non loin ?
Ou le souci de ne pas en rajouter histoire de se faire oublier de tous, médias, justice, police, riverains ?
Sans doute un peu de tout cela. Mineurs et majeurs concernés par ces agissements déplorables vont certainement prendre la temps de la réflexion.
On n’ira pas jusqu’à citer Claude Roy - "Le temps porte conseil : celui de ne rien faire" - et son ambivalence mais les explications, les justifications ou les vociférations des uns et des autres ne manquent pas d’interpeller.
La faute aux parents ? La blogosphère n’a eu de cesse de faire entendre ses beuglements tout au long de la semaine et nous avons - un peu - tempéré les ardeurs des uns et des autres. Oui, la blogosphère, nous sommes quasi obligés de nous y attacher, à un tel point que nous avons l’impression d’en être dépendants. Les réseaux sociaux amplifient, déforment, désinforment.
Ils sont le miroir contrefait de la réalité et entraînent la démesure de leurs auteurs.

Exemple : la vidéo qui a suivi les échauffourées de dimanche dernier, relative au casse du magasin de GSM et de smartphones, fait froid dans le dos. Les jeunes y paraissent habités d’une froide détermination. Les barrières et les interdits tombent. Ce que des adolescents ne se permettaient pas il y a encore quelques années, eux, symboles d’une génération "Youtubéïsée", le revendiquent.
Certes, les parents portent une part de responsabilités. Mais il n’existe pas de clivage et entre les générations. Le ciment de l’éducation se craquelle petit à petit, le poison de l’arrogance et de l’impertinence est instillé à faibles doses.
Les parents sont bien souvent des exemples, pour le meilleur et pour le pire. Tel père, tel fils..., dit-on. Et cessons de regarder notre nombril.

Cessons également de tomber dans le populisme de bas étage, de faire continuellement référence au "bon" peuple, celui qui s’exprime dans les forums de discussion, qui laisse libre cours à ses pulsions. Même si Montaigne est très loin de ressembler à un humaniste, il voyait en l’homme "un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant", et qu’il était "malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme".
Une chose, pourtant, que les parents et "grands frères" devraient apprendre et transmettre à leurs marmailles ou leurs dalons plus jeune. Que contrairement à ce que le "bon" peuple semble croire, il n’existe guère d’impunité pour ceux qui commettent menus larcins ou grosses carambouilles. Que tout se paye un jour, le jour où la majorité est atteinte.

Ceux que la loi ne peut atteindre, un jour ou l’autre sont rattrapés par la patrouille. Interrogez vos connaissances, elles vous confirmeront, peut-être à demi-mot, que le tumulte de l’adolescence trouve un écho à l’âge adulte. Et bien souvent la pilule est amère. De cela, toutes les parties prenantes dans les récents événements doivent en avoir conscience.

Jean-Marc Goglione - Le Quotidien / p.3