mardi 04 août 2020

Radars : du cash pour l’État mais pas moins de tués

Ce chiffre va tous nous inciter à lever le pied. Malheureusement en premier lieu pour des raisons pécuniaires que pour des questions de sécurité ! Jamais, depuis 2012, les radars installés sur le bord des routes réunionnaises n’ont rapporté autant d’argent à l’État. Plus de 20 000 flashs supplémentaires entre 2015 et 2016. Un chiffre record de 85 000 contraventions. Les radars embarqués se sont montrés redoutables. En monnaie sonnante et trébuchante, ce sont près de 3 millions de plus dans les caisses étatiques. Toujours ça de pris à une époque où les finances publiques raclent le moindre euro et cherchent partout à faire des économies.

Les radars sont bien des machines à cash pour l’État. Et il semble que cela soit devenu leur fonction première. Avant celle de faire baisser le nombre de tués ou de blessés sur les routes. À La Réunion, comme dans le reste de la France, leurs effets sur la sécurité routière ont été indéniables les premières années après leur installation. En 2004, notre département enregistrait 72 morts contre 51 en 2015. Depuis deux ans, le nombre de victimes a du mal à diminuer. Et ce alors que les radars crépitent de plus en plus. 50 morts en 2016 contre 51 en 2015 alors que le nombre de radars s’est élevé. Bref, l’État encaisse plus d’amendes mais pour autant le nombre de drames ne diminue pas.

On peut alors comprendre la colère de beaucoup d’automobilistes qui ont le sentiment d’être des vaches à lait parce que leurs « petits excès de vitesse » (95 % des flashs) font l’objet d’une sanction démesurée aussi bien en terme d’amende que de retraits de points. En métropole, l’association « 40 millions d’automobilistes » ne décolère pas : « On a trouvé la recette miracle pour faire du jackpot ». Son président Pierre Chasseray s’indigne contre « un nouvel impôt ».

Un récent rapport de la Cour des comptes vient lui donner de quoi alimenter son exaspération : à l’échelle nationale, plus de 50 % des recettes de toutes les amendes ne sont pas affectées à des missions de sécurité routière mais permettent de remplir les caisses de l’État ou de se désendetter. Les magistrats de la Cour des comptes le disent en termes diplomatiques : " La désaffectation partielle des recettes (des amendes, ndlr) est contestable tant au regard du droit que de la performance du dispositif dont la finalité est la baisse de la mortalité et de l’accidentalité routière ".

Certains y verront donc un " gros mensonge de l’État ". Faire plus d’argent sous prétexte de vouloir faire baisser le nombre de victimes sur les routes. On peut comprendre que cette politique d’augmentation du nombre de radars ait beaucoup de mal à passer dans l’opinion publique.
Retenons donc qu’il existe bien de l’argent pour trouver d’autres moyens de faire baisser le nombre de morts et de grands blessés, de mener des opérations de contrôles plus ciblés ou pour engager davantage d’actions de prévention.

Un constat qui ne doit pas éluder l’autre scandale lié au nombre d’accidents de la route : les comportements à risque répétés de tout un chacun. Là où il est question de responsabilité individuelle et pas de mise en cause bien commode de la puissance publique. Alcool, vitesse, ceinture de sécurité, dépassement dangereux, téléphone au volant : les bilans des contrôles routiers effectués lors des week-ends montrent à quel point le respect de la vie des autres sur les routes n’est pas une valeur sacrée. Ni partagée.

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3