mercredi 12 août 2020

Saint-Denis fait bande à part

Le chef-lieu se démarque de la majorité des communes en maintenant sa rentrée scolaire, tout en rappelant l’État à "ses responsabilités".

Une casquette chasse l’autre. Cette fois, c’est en tant qu’élue au conseil municipal de Saint-Denis, déléguée à l’insertion, que Ericka Bareigts a été reçue à la préfecture hier matin. Chiffres sous le bras, elle y a exposé les doléances de sa commune. "Nous avons défini un tableau de nos besoins. C’est une demande précise et évaluée. Il nous faudrait 300 contrats aidés pour la rentrée scolaire", expliquait-elle à la sortie de cette entrevue qui a duré bien plus longtemps que prévu. Sans effet immédiat. "Nous n’avons rien obtenu, a-t-elle dit. Une écoute attentive et constructive ne sera pas suffisante. Nous voulons des actes. Nous attendons une décision qui correspond à ce qui est juste".

Celle que l’on présentait il n’y a pas si longtemps comme "Macron-compatible" multiplie désormais les sorties contre l’action du gouvernement. Mercredi, la ministre du Travail Muriel Pénicaud avait jugé que les contrats aidés n’étaient "pas une solution". "Elle a un raisonnement adapté, peut-être, à la région Rhône-Alpes ! Mais il traduit une méconnaissance totale de notre territoire", répond Ericka Bareigts, qui est porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, "maintenant, l’État doit assumer sa part de responsabilités et son rôle social. Le chômage a diminué ces cinq dernières années mais il reste trop important. Ici, les gens ont besoin de ces contrats pour être dans un parcours d’insertion tel que nous les concevons à Saint-Denis".

La charge de l’ancienne ministre des Outre-Mer est violente : "Nous sommes la cinquième puissance économique du monde et nous sommes incapables d’organiser une rentrée scolaire dans de bonnes conditions ? C’est scandaleux !"

Reste que la plus grande ville d’Outre-Mer se démarque de la majorité des communes qui menacent de "boycotter" la rentrée scolaire. Gilbert Annette, qui prend quelques jours de vacances, n’était pas avec les autres maires à la manifestation de mercredi matin et il n’était pas représenté. Saint-Denis ne suivra donc pas le mouvement. "Nous sommes libres d’avoir notre propre point de vue sur la question. Et effectivement, nous ne sommes pas dans cette démarche", plaide Bareigts.

La rentrée aura donc lieu à Saint-Denis. Avec les moyens du moment. "Nous ne prendrons pas les enfants en otage. Nous faisons donc ce qu’il faut pour nous préparer au mieux. Les écoles seront ouvertes. Nous ferons le maximum pour mettre le plus de services à la disposition des parents. Le contraire serait un très mauvais signal, dans un pays où nous devons soutenir la réussite et l’idée du meilleur pour nos enfants", assure la députée de la première circonscription. Elle prévient : "La balle est dans le camp de l’État. Nous, nous allons nous battre. C’est une obligation d’intérêt général. Donner de l’instruction est une question de survie".

Le Journal de l’île / p.7