samedi 31 octobre 2020

Quand le dealer réduit les doses

" Macron, t’es foutu, tous les maires sont dans la rue !"
S’ils ne sont pas allés jusqu’à scander les slogans des manifs, les premiers magistrats, ceints de leur écharpe tricolore, n’en ont pas moins marqué les esprits, hier, avec leur rassemblement contre la baisse du nombre de contrats aidés.

Pas moins de 21 communes sur 24 ont signé hier la motion remise au préfet.
La clause a semblé suffisamment grave pour faire taire toutes les vieilles querelles et hypothéquer le bon déroulement de la rentrée scolaire.
C’est l’épilogue de cette bombe à retardement des contrats aidés qui est en train de nous exploser au visage.
Depuis les années 1980, tous les gouvernements successifs se sont allègrement servis de cette manne pour favoriser le retour à l’emploi et minorer au passage le nombre de demandeurs d’emploi. Prisonnier de sa promesse d’inverser la courbe de chômage, François Hollande y a beaucoup eu recours pendant la précédente mandature.
Mais il est loin d’avoir été le seul. Tous ses prédécesseurs ont fait de même avant lui, avec une constante historique : une nette augmentation des quotas les années d’élection présidentielle.
Aujourd’hui, le gouvernement Philippe par la voix de sa ministre du Travail, Muriel Pénicaud, affiche son intention d’y avoir moins recours à l’avenir, en invoquant la faible efficacité du dispositif.

Les arguments ne manquent pas. Les travers des contrats aidés sont connus. Leur inefficacité à long terme. Le grand nombre de personnes qui restent sans emploi, une fois leur contrat échu. Le coût très élevé des dispositif au regard de ses résultats. Les employeurs qui y recourent pour des embauches qu’ils auraient faites de toute façon.
Pour dix personnes aidés, on estime qu’il ne se crée en réalité que sept postes dans le secteur non marchand et deux dans le secteur marchand.
Tout ces arguments, étayés par des études chiffrées, ne manquent pas de pertinence. Mais en matière de contrats aidés, on n’est plus dans le domaine de la raison. Plutôt dans celui de l’addiction.

Guillaume Kempf - Le Quotidien / p.3