mercredi 21 octobre 2020

Il marche pour ramasser nos déchets

Patrice Nabuchodonor s’apprête à boucler un tour de l’île un peu spécial. Parti dimanche de La Possession, il ramasse au fur et à mesure les déchets trouvés au bord de la route. Une façon de nous faire réfléchir et de rendre l’île... un peu plus propre.

Si un jour vous prenez (la mauvaise) idée de jeter votre bouteille en plastique par la fenêtre de votre voiture, pensez à lui. A son échelle, Patrice Nabuchodonosor aura rendu l’île un peu plus propre et permis de nous renvoyer à la figure un instantané de ce que La Réunion ne fait pas de mieux.

Tout sourire malgré les kilomètres avalés à pied, Patrice mettra fin aujourd’hui à Saint-Denis à un périple autour de l’île débuté dimanche à La Possession. Son troisième en autant d’années pour contribuer à sensibiliser le plus grand nombre à la cause environnementale.
« Théoriquement ca devait s’appeler Tour pour l’environnement mais ça prenait trop de place sur la pancarte, du coup je l’ai appelé Tour pour la nature », s’amuse le jeune homme de 32 ans, croisé hier à Sainte-Rose.

Six kilos en une matinée

Parti le matin de Saint-Philippe, il avait déjà ramassé la bagatelle de six kilos de déchets, que du plastique. Parce qu’il pulule dans la nature « et parce qu’une bouteille en plastique met 500 ans pour se dégrader dans la nature ».
Parti sans un euro en poche et avec comme seul bagage un sac de couchage qu’il déploit le soir venu pour passer la nuit à la belle étoile, Patrice a de nouveau senti l’envie de partir sur les routes : « Pour me retrouver, mais aussi pour tenter à ma manière de faire prendre conscience aux gens de la quantité de déchets que nous laissons dans la nature, si je peux toucher des gens, les faire réfléchir un peu, j’aurais gagné », commente cet ancien agent d’entretien à la recherche d’un emploi.

A mi-chemin entre la quête spirituelle et l’action militante, son but est d’abord de nous faire prendre conscience d’une réalité : certaines zones de l’île continuent d’être confondues pas certains avec des dépotoirs à ciel ouvert. Le Grand-Brûlé en est un : « Avec le front de mer de Saint-Pierre, c’est là que j’ai trouvé le plus de déchets en tout genre, il y même des gens qui ont fait leurs vidanges en laissant leurs bidons d’huile sur place ». La première année, il avait récolté environ 35 kilos de déchets, une trentaine l’année dernière.
Cette année, il table sur une vingtaine de kilos ramassés le long de la route. « Les déchets sont partout, sûrement jetés par les gens en voiture. Certains semblent parfois là depuis des années, ce sont des déchets qui finiront emportés par les ravines et au final dans la mer où j’ai vu qu’une véritable île flottante de déchets c’était formée, chacun à son niveau doit prendre conscience de ça ».

Au fur et à mesure, les bouteilles remplissent un gros sac installé sur un chariot qu’il tire derrière lui. Quand il est plein, Patrice se met en quête d’un bac jaune ou d’une déchetterie. Celle de Sainte-Rose était fermée hier, il a donc dû passer la nuit avec son chargement. C’est d’ailleurs à la déchetterie de la Jamaïque, à Saint-Denis, qu’il terminera son périple aujourd’hui.
Sur la route, certains s’arrêtent pour lui demander le but de son étrange équipage, d’autres le prennent en photo, lui offre un repas ou un peu d’argent pour en acheter un, mais encore personne n’a proposé de ramasser les déchets avec lui. Ce sera peut-être pour l’année prochaine. Il invite tout à chacun à partir sur les routes avec lui...

Le Journal de l’île / p.13