jeudi 13 août 2020

Les bénéficiaires abattus

Directement impactés par la situation, des emplois verts ont rejoint hier le mouvement lancé par les maires. Parmi les 11 500 Réunionnais qui ont signé leurs contrats aidés au premier semestre, des dizaines de Salaziens ont été transportés gratuitement jusqu’à la préfecture. Le maire de Salazie a, pour l’occasion, mis un bus à disposition des habitants souhaitant assister à la manifestation. Auprès de ses collègues, Marie-Agnès Techer, 62 ans, reste en retrait. Abattus, les agents employés à l’entretien des espaces verts observent les élus discuter : "Je ne crois pas que mon contrat se renouvellera, mais je vais continuer à me battre. C’est vraiment désolant de voir qu’il n’y a pas de boulot", explique Marie-Agnès. Habitante de Fleurs Jaunes, dans les hauts de Salazie, elle s’est levée de bon matin pour avaler les 30 minutes de marche qui séparent son domicile de l’arrêt de bus.

"ON FAIT PITIÉ"

"Aujourd’hui, on ne travaille pas, on soutient le mouvement. J’aime mon emploi, j’ai besoin de bouger. Maintenant, on fait pitié", reprend Marie-Agnès Techer.
Dans la foule, les plus découragés sont ceux qui espéraient être embauchés prochainement, comme Monsieur Maillot : "Ça fait trois ans que j’attends un contrat aidé, je ne rate aucune des réunions d’information. J’ai déjà bénéficié de ce type de contrat en tant qu’encadrant." Mais depuis qu’il ne travaille plus, le Salazien a "du mal à joindre les deux bouts, admet-il. "À l’époque, je touchais presque 1 400 euros par mois. J’ai 60 ans, il ne me reste plus beaucoup de temps, j’espère pouvoir travailler avant ma retraite."
La situation précaire des aspirants aux contrats aidés chagrine le personnel de la mairie de Salazie. "Touchée de voir ses collaborateurs dans cette situation", Isabelle Payet, agent des ressources humaines, les soutient : "Je me mets à la place de ces femmes et de ces hommes. Certains doivent gérer une famille de trois enfants avec moins de 500 euros par mois."
Gérard Agathe, de la plateforme des espaces verts, est persuadé que l’île ne peut se passer du travail des agents d’entretien. "Nous agissons activement sur les sites touristiques. Le risque est de réduire à néant la lutte anti-vectorielle contre les gites larvaires, et de nous exposer au virus du Chikun-gunya." À l’issue de la rencontre entre les maires et le préfet, les Salaziens espéraient encore une bonne nouvelle. Mais il a fallu se rendre à l’évidence : "La situation n’a pas bougé d’un pouce", leur a indiqué Stéphane Fouassin.

Le Journal de l’île / p.7