mercredi 12 août 2020

1 800 contrats aidés pour éviter un nouveau couac et passer de bonnes vacances

Très remontée en arrivant au Barachois, la délégation d’élus réunionnais est ressortie, hier après-midi, un peu plus apaisée par sa rencontre avec le préfet, avant de maintenir la manifestation prévue ce matin. Incontestablement, Amaury de Saint-Quentin leur a annoncé une nouvelle positive : le dégel en urgence de 1 800 contrats aidés pour les communes, le Département et la Région afin d’organiser la rentrée. À charge pour les collectivités de recruter ce personnel dans les jours qui viennent…

Paris a donc lâché du leste. Car la semaine passée, Stéphane Fouassin avait été reçu par le préfet qui lui avait signifié que le « quota » de contrats aidés allait diminuer très nettement. Avec le chiffre annoncé de moins 75 % pour le second semestre pour cause de serrage de ceinture budgétaire à tous les niveaux. D’où les cris d’orfraie des élus annonçant un bazar sans nom dans les écoles mais aussi un climat social explosif.

Pour les élus, le compte n’y est pas. Toutefois, Paris veut afficher sa bonne volonté. La ministre de l’Outre-mer, Annick Girardin qui, comme le reste du gouvernement part en vacances ce soir, a sans doute envie de profiter de sa pause estivale jusqu’au 28 août en allant retrouver son archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon.
Échaudé par la polémique sur la réduction de 5 euros des aides au logement quand, en même temps (pour reprendre un gimmick présidentiel) l’ISF doit être revu à la baisse, le gouvernement tente plus généralement d’éviter de nouveaux couacs. Afin de ne pas se voir coller une étiquette « d’antisocial ». La chute de 10 points dans les sondages sur la popularité d’Emmanuel Macron montre bien que certaines décisions n’ont pas été comprises et encore moins acceptées. Le chef de l’État peut bien se prévaloir de fréquenter les grands de ce monde - de Poutine à Trump en passant par Bono et Rihanna - et faire savoir que la France a retrouvé une forme de « leadership », il est attendu sur de nombreux points chauds dans le secteur social.

À La Réunion comme partour ailleurs. Car ces 1 800 contrats aidés décidés dans l’urgence pour la rentrée n’occultent pas la baisse générale de l’enveloppe financière qui sera accordée à l’ensemble des collectivités pour les contrats aidés dans d’autres domaines, notamment les emplois verts. D’où la grogne persistante.
Les collectivités vont devoir gérer la misère, annonce Stéphane Fouassin. Ce qui signifie diminuer la durée de contrats ou choisir plutôt la formule des CAE-CUI pour émietter l’offre, c’est-à-dire en faire profiter un plus grand nombre.

Pas étonnant, dans ces conditions, de constater ensuite que l’efficacité de ces ti-contrats dans un processus de retour à l’emploi ne soit pas très grande. C’est pour cette raison que le gouvernement souhaite lancer une réflexion sur l’avenir des contrats aidés et entend plutôt investir dans la formation.
En attendant, couper le robinet demeure une décision périlleuse économiquement comme socialement alors que, selon le préfet lui-même, les signes de reprises sont là et bien là. Il va donc être urgent de trouver des solutions de transition pour compenser la perte de revenus dont bénéficiaient certaines familles réunionnaises. Et ne pas ajouter de la précarité à la précarité dans notre département qui reste l’un des plus pauvres de France.

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3