jeudi 29 octobre 2020

Le modèle des petits producteurs péi

Sans faire état d’un âge canonique, tout Réunionnais qui se respecte vous parlera du temps lontan avec une pointe de nostalgie et une bonne dose de mélancolie.
Il vous décrira certainement le potager de la "case à terre", où ses parents cultivaient pistache, manioc, cambar (igname), pipangaye ou patate douce.
Il dira combien il avait plaisir à traverser la ravines pour y chercher songes ou autre cresson. Et vous agitera le chiffon rouge de la modernité pour fustiger la malbouffe actuelle.

Les paroles des anciens sont toujours à prendre au sérieux. Certes, de l’eau à coulé dans ces ravines, jadis éden tropical, et les citrouilles se sont transformées en produits de grande consommation. Toutefois, depuis quelques années, La Réunion entame une mue concernant son alimentation et sa santé, à grand renfort de subventions de l’Etat et des collectivités.

L’île est par exemple le département d’outre-mer où le bio est le plus développé, tant en nombre d’opérateurs qu’en superficie.
Pour qui connaît les Antilles, dites-moi comment vous faites votre marché en fruits et légumes à la Martinique et en Guadeloupe autrement qu’en ajoutant une bonne dose de produits importés.

Dieu merci, La Réunion est encore un bastion inexpugnable du "produit péi".
Une production locale qui couvre 71% du marché des légumes frais en 2016 et 63% des fruits frais la même année (Analyses de la direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt, avril 2017.) Et en 2016, cinq filières de productions animales parvenaient à couvrir la quasi-totalité des besoins en produits frais.

Là où le bât blesse, c’est que les économistes appellent le marché global - frais mais aussi transformé et congelé -, ce marché qui fait la part belle aux importations pour satisfaire une population qui approchera bientôt le millions d’habitants et dont le niveau de pauvreté est manifeste.
Des importations qui sont la conséquence de la crise des filières d’élevage métropolitaines, faisant apparaître dans les rayons des produits issus des marchés dits de "dégagement", vendues à La Réunion à des prix inférieurs à ceux pratiqués en métropole. De quoi déstabiliser les filières locales.

Jean-Marc Goglione - Le Quotidien / p.3