mercredi 28 octobre 2020

Trois oreilles et la queue de loup

L’homme et la femme sont effondrés. Ils ne savent plus à quel saint se vouer.
Heureusement il y a la solidarité des gens des hauts. Leurs collègues éleveurs de la Plaine des Cafres sont là pour les soutenir, les réconforter, partager leur fardeau et leur colère.

Hier c’est une scène de désolation qu’ils ont découverte sur leurs parcelles. Une de plus. En l’espace d’une seule nuit l’homme a perdu neuf biches et une brebis. Toutes ont été tuées par des chiens errants.
Sur la parcelle voisine de la sienne, l’éleveuse de cerfs et biches qui gambadent en liberté sur quelques 64 hectares est elle aussi sous le choc.
En un mois, suite à plusieurs attaques similaires, ce ne sont pas moins de 43 bêtes qui ont été la proie également de meutes de chiens errants.

Les exploitants sont totalement démunis. La moitié de l’élevage a disparu. Et pas question de se faire rembourser par une quelconque assurance expliquait hier la femme. Les biches, les cerfs et les faons sont considérés par la loi comme des animaux sauvages, non des bêtes d’élevage et donc ne sont pas assurables. Une perte sèche qui mettrait, selon elle, son exploitation en péril.

Hier leurs voisines et amis éleveurs exprimaient leur colère face à ces attaques récurrentes. Evoquant les longues soirées à mener des tours de garde pour, a minima, effrayer ces chiens devenus prédateurs.
L’un d’eux évoquant l’interdiction qui est faite d’abattre les chiens errants affichait sa volonté de demander une dérogation pour pouvoir le faire.
Et l’on comprenait à demi-mot que les fusils n’étaient pas loin et que les éleveurs poussés à bout, dans la discrétion des nuits cafriplainoises certains canidés pourraient bien ne pas passer l’hiver austral.

Hervé Chossat - Le Quotidien / p.3