mercredi 21 octobre 2020

Ces chèvres qui ne voient pas le loup

Fin des emplois pour la famille proche, remboursement des frais sur justificatifs, fin de la distribution de subventions à travers la réserve parlementaire : la loi sur la moralisation de la vie politique doit être votée ce mercredi à l’Assemblée. Ce texte est qualifié de « marqueur politique » par la garde des Sceaux, Nicole Belloubet qui a remplacé François Bayrou, lui-même mis en cause dans une affaire d’emploi fictif. Un comble. Pour l’ancienne membre du Conseil constitutionnel, ce projet de loi entend restaurer un climat de confiance entre les Français et leurs représentants. L’ambition gouvernementale semble à la mesure de la défiance de l’opinion à l’égard du monde politique.
La ministre de la justice explique que cette loi répond à un engagement fort de la campagne d’Emmanuel Macron. Tant mieux ! Mais faudrait-il s’étonner qu’une nouvelle majorité respecte ses promesses… La confiance des citoyens commence évidemment par là.

Autres paroles d’auto-congratulation, Nicole Belloubet considère que ce texte apporte « des changements profonds pour notre vie démocratique ». On observera que c’est vrai et faux à la fois. Ses dispositions constituent effectivement un net progrès pour la transparence de la vie publique. Mais qu’y a-t-il de révolutionnaire à interdire un élu d’embaucher son épouse ou ses enfants en les rétribuant avec les deniers de l’État ? D’exiger des factures pour des dépenses publiques, règle en vigueur dans la quasi-totalité des administrations et des entreprises privées ? Ou de stopper cette pratique venant d’un autre temps qui permet à un élu de distribuer des subventions en fonction de ses affinités. D’ici quinze à vingt ans, sans doute sourira-t-on de notre démocratie qui aura mis tant de temps à instaurer des pratiques relevant a minima du bon sens.
Les parlementaires ne devraient jamais l’oublier : une grande partie de l’opinion n’accepte plus ces us et coutumes et autres largesses prises par des élus renvoyant d’eux-mêmes l’image déplorable d’une caste de privilégiés jouissant d’une impunité jamais démentie. Les résultats de la présidentielle et des législatives ont montré un niveau d’exaspération des électeurs jamais atteint : record de l’abstention, confiance dans les extrêmes, renouvellement record des élus à l’assemblée nationale, mise à la retraite forcée de figures de la droite et de la gauche.

La classe politique républicaine a-t-elle déjà effacé de sa mémoire le risque de chaos annoncé par les projets mortifères d’un parti xénophobe, démagogique et autoritaire ?
Le nouveau gouvernement est attendu au tournant sur cet impérieux besoin de modernisation de la vie politique et de ses pratiques. Mais un texte ne suffira pas à changer les comportements. Deux épisodes le démontrent tristement.
Que penser de Gérard Larcher qui met son veto à une perquisition des policiers enquêtant sur Michel Mercier et l’embauche de ses filles comme assistantes parlementaires. Le même qui vient d’être nommé au Conseil constitutionnel. Le président du Sénat explique sa décision par des questions de « forme » et de séparation des pouvoirs. Ses manœuvres pour assurer sa réélection à la tête de la chambre haute seraient donc totalement étrangères à ce besoin strict de faire respecter le règlement en matière de perquisition.

Que penser aussi de ce député qui, jeudi, s’est amusé à imiter une chèvre pour se moquer d’une députée LREM, Alice Thourot, intervenant dans l’Hémicycle lors de l’examen de la loi sur la moralisation en politique ? Le sexisme et la misogynie à l’état brut sur les bancs de l’Assemblée nationale. Pour le renouvellement des mœurs politiques, on repassera aussi.

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3