dimanche 09 août 2020

Neymar qui rit, collectivités qui pleurent…

Quel rapport entre un footballeur brésilien en cours de transfert de Barcelone au PSG et les collectivités (communes, départements, régions) ? Une somme. Le premier coûte globalement 300 millions, les secondes viennent d’en perdre autant d’un trait de plume présidentiel et donc jupitérien au beau milieu du mois de juillet. Le premier cité, crampons aux pieds, suscite admiration et envie. Les élus des secondes déjà bien ratissées par sept ans de vaches maigres, grincent des dents et crient au loup.

Alors évidemment, Neymar ne va pas toucher vraiment 300 patates comme disait Nanard le Tapie, mais il va en prendre une bonne pincée au passage, le reste s’éparpillant du Qatar au Barça en passant par le PSG, club qatari installé au Parc des Princes. Un tel montant fait certes saliver les services fiscaux français ; mais les bonnes âmes trouvent peu honorable de voir la France du foot se prosterner aux pieds de Qataris accusés par leurs voisins du Golfe, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn, le Yémen, de financer les Frères musulmans et les terroristes islamistes, bref de mettre le souk au Moyen-Orient… Même restrictions quant à la réduction drastique des dotations d’Etat aux collectivités, 300 millions d’euros annulés, mais explique-t-on, sur l’investissement et non point le fonctionnement. La belle affaire ! "Pour 300 millions aujourd’hui, t’as plus rien…", dirait Mélenchon dans un bon jour, par pur esprit de provoc, "tout au plus un Brésilien, quand il y en a déjà tant au Bois de Boulogne…".

N’exagérons rien, on ne trouve ni Neymar, ni 300 patates sous le sabot d’un cheval, même au Bois, et puis, on sait que Mélenchon, même si on ne l’a pas encore entendu sur le sujet, est fatigué. Il a besoin de vacances. Et il n’aime pas trop les millions et les millionnaires, d’autant qu’il l’est lui-même. Il a en effet déclaré un "patrimoine net" (sic) de 965 000 euros, soit un appartement parisien acheté 800 000 euros en 2014 et une "maison de campagne du côté de Montargis. De quoi se sentir tracassé par un sentiment diffus de culpabilité peut-être… Mais quand on voit les miracles qu’il parvient à réaliser en faisant ses courses avec 5 euros ! On se dit que Méluche mérite ses pépettes rudement gagnées sur le front des luttes sociales, pour le peuple et la plus grande gloire de la révolution bolivarienne.
En attendant, ses collègues élus des collectivités, petits maires, conseillers régionaux et conseillers départementaux souffrent la malemort en pleurant leurs millions perdus. Et ils ont bien raison, car les collectivités, ont été rudement tondues par François Hollande et Manuel Valls, 11 milliards d’euros sur trois ans de 2015, 2016 à 2017, quand bien même il a fait grâce d’un milliard d’euros pour 2017, en pleine pré-campagne électorale.

Le président Macron qui sait bien de quoi il retourne, notamment qu’il s’est engagé à ne pas racketter les collectivités en 2018, du moins pas au-delà des 13 milliards déjà annoncés, n’a pas pu résister à la tentation de taper dans la caisse des dotations sur le compte de son prédécesseur, et donc sur le budget 2017.
C’est que Jupiter a besoin de pognon, car faute d’acheter des footeux brésiliens hors de prix, lui, distribue des promesses d’aide au développement aux quatre coins du monde… de quoi enchanter Bono et Rihanna à qui le Président Macron a promis 3 milliards d’euros pour leurs bonnes œuvres.
Quand on jongle ainsi avec les millions et les milliards, que l’on cultive l’amitié des stars, qu’importent les projets d’investissement des petites communes, des régions et du reste. Alors, Neymar, finalement, c’est un petit joueur.

Philippe Leclair - Le Journal de l’île / p.3