mercredi 12 août 2020

Votre argent nous intéresse…

Le président Macron aurait pu, à Versailles, paraphraser le slogan utilisé par la BNP en 1973, et dire au Congrès, donc aux Français : "Votre argent m’intéresse"… car enfin, au-delà de tout le falbala de la moralisation de la vie publique, la seule certitude en guise de programme réside dans la nécessité de faire des "économies" ; 4 milliards d’euros pour 2017 et 10 autres pour 2018. Et bien entendu, quand l’État fait des économies, c’est dans vos poches que ses commis les trouvent…

Ainsi, au nombre des coupes dans les budgets ministériels, après avoir ratiboisé la Défense et nos vaillants petits soldats qui devront en revenir au fusil à patate, c’est au tour des allocations logement de prendre un bon coup de râpe. Pas grand-chose, à peine cinq euros par mois et par foyer, sur le compte des plus modestes qui seront un peu moins aidés pour loger, genre petits retraités, femmes isolées avec enfants s’il vous plaît, étudiants-dian-dian, salariés impécunieux, et qui sait peut-être Thierry Robert à qui on a saisi jusqu’à ses indemnités de député… Tout ça nous fait environ 400 millions pour boucher les trous présumés des Comptes publics. À La Réunion, l’air de rien, 114 000 foyers sont concernés dont on va gentiment rogner un pouvoir d’achat déjà étique, ce qui n’a rien d’éthique si l’on y regarde bien. Si encore cette cure d’austérité touchait tout le monde, si la justice commandait ce tour de vis, chacun y consentirait, comme on accepte l’impôt, en bons citoyens mus par l’intérêt général et la vertu. Las, il convient d’égrener quelques fausses notes dans cette petite musique économique. En premier lieu, il plane comme un parfum d’hypocrisie sur ce tour de vis draconien. Dans les éléments de langage de la majorité néo-péripatéticienne confiés pour diffusion aux députés et missi dominici macroniens, UDI et faux derches Constructifs y compris, on explique sans vergogne que c’est pour le bien des locataires que l’allocation logement a été rectifiée à la baisse, parce que ce système, par effet d’aubaine, conduisait les propriétaires à augmenter leurs loyers… Merci Jupiter-Macron, ceux qui n’iront pas sous les ponts ou à la rue pourront à terme bénéficier de loyers modérés par la grâce de la pensée complexe de l’hôte de l’Elysée et de ses ministres.

Par ailleurs, comment peut-on taper au portefeuille les plus démunis quand l’exécutif, et donc le Prince président, ont confirmé une réforme de l’Impôt sur la fortune (ISF) en 2018
et l’exonération du patrimoine financier des boursicoteurs ?
Il est vrai que sous le régime Hollande, le gouvernement avait prévu la réforme de l’APL accession pour le projet de budget 2015, avec pour but d’économiser 19 millions d’euros en 2016, 91 millions d’euros en 2017 et 156 millions d’euros en 2018. Mais une sainte trouille avait saisi les députés de la majorité à la veille des régionales et tout ça s’était relativement tassé… Les macroniens, en début de mandat, avec tous les pouvoirs et pas l’ombre d’une élection à l’horizon, n’ont pas eu les mêmes pudeurs électoralistes.

Au-delà, pour en venir à des considérations plus urticantes, le bon peuple sera enchanté de savoir que dans le royaume de France d’aucuns sont plus égaux que d’autres et que d’un régime à l’autre, on se fait des manières. Ainsi, Ségolène Royale, la bien nommée, a bénéficié, si l’on croit les persiflages d’un palmipède de papier, de privilèges dus à son rang supposé de personne de qualité. À défaut d’être ministre du culte macronien, ce qu’elle avait publiquement appelé de ses vœux en pleine campagne présidentielle, elle a conservé les attributs de la fonction : voiture avec deux gardes du corps, un peu comme en 2010 où elle bénéficiait d’une protection d’Etat de nuit comme de jour. En termes économiques, de tels privilèges ont certainement un coût que l’excellent René Dosière, ex-député PS, grand pourfendeur de gaspillages, n’a pas encore quantifié. De même le peuple de France sera enchanté d’apprendre que la même Royal(-e) personne, aurait été bombardée ambassadrice chargée des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique, en lieu et place de feu Michel Rocard. Il ne s’agirait plus en l’occurrence d’un privilège, mais d’une sinécure dotée d’une rente de situation et d’une cassette pour frais de service. Grâce à Ségolène Royal, la France rayonnera du pôle Nord au pôle Sud, en passant par les Terres Australes et les Iles Eparses peut-être ? En espérant qu’elle ne décide pas d’installer son ambassade à Clipperton en croyant qu’il s’agit d’un atoll proche de Maurice… Une erreur est vite arrivée, et Macron lui-même avait, depuis Saint-Denis de La Réunion, assimilé la Guyane à une île quand ce département était en pleine crise sociale.

Enfin, il serait tout de même judicieux, s’agissant d’économies et de proscription des emplois familiaux, à l’Assemblée et au Sénat, d’éviter la création d’un budget dédié à la "première dame" dont le statut est pour l’heure inexistant en France pour éviter, à terme, de lui faire subir - virtuellement cela s’entend - le sort de la pauvre Marie-Antoinette. Ce serait du plus mauvais genre !

Philippe Leclaire - Le Journal de l’île / p.3