mercredi 21 octobre 2020

Cinq euros qui peuvent coûter cher

Cinq euros par mois. Soixante euros par an. La somme peut paraître dérisoire.
Mais lorsque l’on est en précarité ce n’est pas rien. Et ils sont des milliers pour qui cinq euros c’est plusieurs repas ou un peu d’essence pour se déplacer.
Cinq euros qui pourraient coûter cher également à Emmanuel Macron.
Après la démission forcée du chef d’état-major des armées rabroué publiquement par le président pour avoir osé s’élever contre la baisse du budget de la défense, c’est un autre grand corps, essentiel à l’avenir de la France, qui est vent debout depuis : celui des étudiants.

Samedi a été rendu publique la baisse de cinq euros des aides personnelles au logement à partir du mois d’octobre. Des aides qui bénéficient au total à quelques 6,5 millions de ménages français dont environ 800 000 étudiants.
Et qui coûtent au total 18 milliards d’euros au budget de l’État.
Jeudi dernier, lors du débat d’orientation des finances publiques pour 2018, le ministre des comptes publics, Gérard Darmarin, avait affiché la couleur en annonçant des coupes dans les dépenses de logement, de formation professionnelle et dans les aides sociales. Appelant à "un effort sans précédent", il avait résumé d’un laconique "trop de dépenses, donc trop d’impôts, trop de déficits et trop de dettes". Soit.

Une responsable du ministère de la Cohésion des territoires, répondant suite aux fuites parues dans la presse sur cette baisse à venir, soulignait samedi qu’elle avait été " décidée sous le quinquennat précédent et pas encore appliquée". Il est vrai qu’en 2016 deux réformes de ces aides ont été actées et cela fait longtemps que le ministère des Finances, et pas uniquement sous le quinquennat de François Hollande, fait pression pour que cette enveloppe soit diminuée. Un rapport de la Cour des comptes présentée devant le Sénat en 2015, tout en reconnaissant le caractère globalement "redistributif" des APL, estimait qu’elles généraient trop d’inégalités et coûtaient trop cher à l’État.
Et si les étudiants ont été les premiers à monter au créneau étant directement concernés, encore faut-il exactement savoir de quoi l’on parle. Et là encore le flou est de mise.

Les réponses apportées pour l’instant par l’exécutif ne sont pas très claires.
Les aides personnelles au logement sont en effet constituées de trois catégories : l’aide personnalisée au logement (APL), l’allocation de logement familial (ALF) et l’allocation de logement social (ALS). Or, dans les outre-mer français, les logements locatifs sociaux ne sont pas conventionnés avec l’État. Ils n’ouvrent donc pas le droit à cette APL. Si ce coup de rabot ne concerne finalement que cette allocation, seul les étudiants réunionnais allant étudier en métropole seraient concernés. Si ce sont toutes les aides, alors ce serait une autre histoire.

Dans notre île près de 120 000 allocataires de la caisse d’allocations familiales perçoivent une aide au logement soit près de 280 000 personnes, hommes, femmes, enfants qui sont couverts par les aides au logement. Chez nous un tiers des habitants vivent dans un logement couvert par ces prestations sociales. L’Unef Réunion, le syndicat étudiant a été l’un des premiers à réagir et a lancé une pétition sur Facebook rappelant que les APL permettent de couvrir jusqu’à la moitié des dépenses de logement, " un investissement indispensable à la réussite universitaire et à l’autonomie des jeunes". Comme le souligne le collectif 974, l’association pour l’emploi et la lutte contre la pauvreté, " on favorise les plus riches à travers une baisse de l’impôt d’un côté, et de l’autre on frappe les plus pauvres en réduisant les APL".

Selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche paru ce week-end Emmanuel Macron a enregistré une chute brutale de sa popularité, passant en un mois de 54% à 47%. C’était avant cette annonce. Pas sûr que cette courbe là ne s’inverse à court terme.

Hervé Chossat - Le Quotidien / p.3