jeudi 22 octobre 2020

Heureusement que Trump rebooste le moral des troupes françaises

Notre armée est-elle en crise avec des soldats fatigués utilisant du matériel dépassé voire défectueux mettant leur vie en danger ? Balivernes et silence dans les rangs. Les militaires devraient se rassurer en lisant les reprises de l’interview de Donald Trump au New York Times.

Le président américain a confié avoir été enchanté et impressionné par son séjour parisien et sa rencontre avec le couple Macron qui l’a reçu en grande pompe. « Le défilé du 14-Juillet, ça c’était top de chez top », applaudit Donald Trump en souhaitant organiser un tel événement à Washington. Et de raconter comme un enfant : « Il devait y avoir 200 avions au-dessus de nos têtes. Normalement vous avez deux avions et c’est tout, comme au Super Bowl. Et tout le monde devient fou, et c’est tout ». Cela devrait mettre un peu de baume au cœur aux hauts gradés des armées dont beaucoup ont été choqués par le traitement réservé à leur ancien chef d’état-major qui a préféré démissionner.

La réalité est que la défense française ne ressemble pas à l’exposition de matériel sur les Champs-Elysées ni au spectacle vu par l’inénarrable président US. « Si l’armée défilait le 14-Juillet avec le matériel utilisé au quotidien, les gens seraient effarés, observait il y a quelques jours à France Info Serge Grouard, ancien député Les Républicains et spécialiste des questions de défense. On ne mesure pas l’état de dégradation dans lequel se trouve notre armée. »

Car les militaires ne cessent de le dénoncer : le parc de véhicules, de bateaux, et d’avions vieillit, et les pannes s’accumulent. Sur les quatorze avions de transport militaire Hercules C-130, moins de la moitié est aujourd’hui en état de voler. Autre exemple, beaucoup de blindés ont plus de trente ans d’âge…

Déjà en 2015 devant le Sénat, le général de Villiers avait lancé une alerte sur l’état du matériel : « Sans moyens financiers supplémentaires pour l’entretien des matériels, nous mettons en danger notre personnel ». Le haut gradé avait aussi ouvert la bouche pour dire que les opérations extérieures menées par les soldats étaient constamment sous-évaluées en terme budgétaire.
Emmanuel Macron, qui lors de son investiture, s’était affiché de façon forte en chef des armées pour asseoir son pouvoir, a tenté hier de déminer la crise. Le chef de l’État leur a promis, malgré un serrage de ceinture généralisé, d’augmenter le budget de la Défense en 2018 après « une contribution des armées à la solidarité nationale », à hauteur de 850 millions d’euros en 2017. Politiquement, Emmanuel Macron mise sur une déflagration limitée causée par cet épisode. Il sait pertinemment que les militaires sont disciplinés. Et si beaucoup d’élus de gauche et de droite lui ont reproché son autoritarisme et son incapacité à admettre la moindre critique, sans doute considère-t-il avoir démontré qu’il avait de la poigne. Afin de se démarquer encore une fois de François Hollande.

Déjà en 2015 devant le Sénat, le général de Villiers avait lancé une alerte sur l’état du matériel : « Sans moyens financiers supplémentaires pour l’entretien des matériels, nous mettons en danger notre personnel ».

Suite à cette crise, il a fini par désigner un général choisi par ses soins. Lequel est en plus considéré comme un authentique héros par les militaires. Un ancien capitaine de l’infanterie qui a mené une attaque au corps à corps contre des soldats serbes lors du conflit en ex-Yougoslavie et qui sait mieux que beaucoup ce que cela signifie de mettre en jeu la vie des soldats.

Les militaires vont encore plus qu’avant rester prudents face aux politiques à leurs paroles. Et attendre que les promesses présidentielles se traduisent de moyens concrets pour un pays qui est une puissance nucléaire et qui est engagé comme jamais depuis la guerre d’Algérie. La reconquête de la confiance des militaires passera par ces choix budgétaires annoncés.
Si l’on en croit Donald qui a tant aimé le défilé, la Grande Muette ne doit pas se faire de souci. Son jugement sur Emmanuel Macron : « Vraiment. C’est une bonne personne. C’est un gars dur mais, écoutez, il doit l’être. Je pense qu’il va être un super président de la France. Mais il aime tenir ma main ».

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3