jeudi 13 août 2020

You’re welcome Mr Allen !

La venue dans nos eaux de Paul Allen (Microsoft), l’un des magiciens de la micro-informatique, méritait bien ce salut tout à la fois admiratif et respectueux, car au-delà de l’intérêt de ce prince des geeks pour l’éruption de la Fournaise, voire de l’écho planétaire donné à cette visite du simple fait de la notoriété de ce touriste de luxe, Paul Allen, avec quelques autres, a réenchanté ce monde par la grâce du merveilleux technologique, permettant aux idées de voyager à la vitesse de la lumière, réalisant l’idéal des encyclopédistes qui rêvaient de rendre accessible à tous, à partir d’un seul et unique support, l’intégralité de la connaissance et du savoir et par là même, de lutter contre l’obscurantisme, le fanatisme et l’emprise des superstitions.

Nous ne concevons même plus la vie avant ! les smartphones, les PC et les Mac, Internet, cette extraordinaire ubiquité relative qui nous permet de communiquer en tous lieux de la planète comme depuis notre salon. Ces outils extraordinaires pour l’esprit qui nous permettent de pousser notre curiosité jusqu’aux confins de l’univers ! ou de moukater quelque boug que ce soit en ligne.

Tout ça, parce que de jeunes gens, adolescents américains des années 70, qui n’étaient pas seulement peace and love, sea, sex, sun, drugs et pop music, mais aussi science-fiction, ont rêvé sur les possibilités offertes par les premiers petits ordinateurs, merveilles d’ingéniosité qui avaient notamment permis à la NASA d’envoyer Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune et de les en ramener.

Ce pas de géant pour l’Humanité devait largement excéder la trace des premiers astronautes sur notre satellite. La NASA venait de donner le coup d’envoi à un nouveau monde, presque sans s’en rendre compte. Apollo Guidance Computer, le calculateur de vol du module lunaire de 1969, tournait 100 000 fois moins vite qu’un de nos ordinateurs portables, et Google a calculé que la puissance du temps de calcul nécessitée par une simple recherche Google correspond à celle mobilisée par la totalité du programme spatial Apollo, soit 17 missions sur 11 ans ! Quant à la capacité de mémoire, l’ensemble des programmes de l’Apollo Guidance Computer devait tenir sur 32 Ko de ROM ! sans commentaire au vu des 128 Go que nous pouvons stocker sur un simple iPhone ! Nous avons plus dans la main, tous les jours que ce dont disposait la NASA en informatique embarquée, pour aller sur la Lune.

Les génies de notre nouveau monde, Bill Gates, Paul Allen, Steve Jobs et Steve Wozniak, pour ne citer qu’eux, ont inventé - du fond de leur garage, dit la légende dorée - des outils qui ont fondamentalement changé notre civilisation, permis de réaliser un saut inédit dans la conscience collective de l’humanité, la culture, la recherche scientifique au sens large ! comme dans celle d’une boîte de petits pois au supermarché en liaison directe avec Madame restée à la maison.

Alors certes, cette nouvelle industrie a généré des milliards et des milliards, des emplois, de la richesse ! et les petits génies des années 70 sont devenus les hommes les plus riches du monde. C’est déjà une belle histoire en soi, une success story à l’américaine, une réussite extraordinaire, monumentale ! D’aucuns - comme Témoignages - dernier écho local d’une idéologie aussi révolue que les dinosaures, n’y voient pas autre chose qu’un modèle d’inégalité. La réussite des Paul Allen et consorts, les symboles de leur richesse, yachts, avions et tutti quanti, ne seraient autres que l’illustration de "la finalité du maintien dans la crise du système capitaliste". Ce qui permettrait à "10 % des plus riches" de posséder "plus de 80 % de la richesse mondiale" ! Cette alchimie chiffrée fait l’impasse sur tout le reste, on lui préfère une piètre incantation au génie supposé de feu Paul Vergès qui aurait donné un siècle d’avance à La Réunion, par la seule force de son esprit et de sa vision. Le regretté Paul Vergès était riche, imposé sur la fortune, comme d’autres petits génies de la politique qui n’ont en rien changé le monde.

Et il serait bien malvenu aujourd’hui d’opposer le présumé idéal vergésien à la philanthropie de ces "ultra-riches", pour citer Témoignages, qui ont le culot de redistribuer leur fortune de leur vivant. Paul Allen qui justifie ce sujet, a déjà légué 100 millions de dollars dans la lutte contre Ebola, et encore 198 millions de dollars à la "Paul G. Allen Family Foundation" qui soutient des initiatives dans les domaines des Arts, Culture, Éducation et des services sociaux, sans parler des recherches qu’il finance en matière de santé, d’industrie aérospatiale !

Le "capitalisme" a quand même de bons côtés.

Philippe Le Claire - Le Journal de l’île / p.3