samedi 31 octobre 2020

Hautement inflammable

C’est suffisamment rare pour être souligné : la préfecture, hier, a publié un communiqué d’appel au calme. En l’absence de préfet, qui n’a pas encore pris ses fonctions, c’est donc directement Paris qui dicte les consignes. On s’inquiète en haut lieu, et il y a de quoi.

Ce communiqué n’élude rien. Ni l’exaspération de la population dans ces "perturbations qui pèsent sur la vie quotidienne". Ni les risques de "débordement" et les "tentatives de déstabilisation des négociations en cours." Les autorités, clairement, ont senti hier la crispation s’accroître encore.

Sur le terrain, les planteurs ont contraint à l’évacuation de plusieurs sièges administratifs qui gèrent la vie agricole. Devant micros et caméras, députés de gauche (Jean-Hugues Ratenon, Huguette Bello) comme de droite (Nathalie Bassire) sont venus soutenir les agriculteurs qui tiennent siège depuis maintenant neuf jours au Barachois ou qui occupent l’entrée de l’usine du Gol. Et surtout, après les transporteurs la veille, la CGTR, via ses porte-parole des Ports et Docks ou du BTP, s’est montrée prête à bloquer des points névralgiques de l’île si les négociations n’aboutissent pas.
Que les vacances scolaires commencent aujourd’hui ne diminue en rien les inquiétudes de l’État. Car on sait ce que craignent les autorités : un embrasement qui dépasserait les limites du contrôlable, qui se disséminerait bien au-delà de la question de la canne et du sucre. À Paris, on n’a évidemment pas oublié la crise guyanaise et on sait que l’outre-mer est hautement inflammable.
Nous n’en sommes pas là mais ce week-end est crucial. Contrairement aux apparences, les négociations ne sont pas bloquées : de 49 centimes, Tereos a finalement proposé 2,50 euros supplémentaires sur la tonne de canne. Les planteurs en réclament toujours 6 et, logiquement, tous les regards se tournent vers ce géant multinational accusé de traiter La Réunion avec condescendance, voire mépris.

Alors que la campagne sucrière aurait déjà dû commencer, nous sommes dans un des conflits les plus graves de la récente histoire sociale de La Réunion. Depuis hier, plus personne ne peut l’ignorer.

David Cassagne - Le Journal de l’île / p.3