vendredi 30 octobre 2020

Réforme du bac : la bonne cette fois ?

En 1808, il y aura bientôt 210 ans, la création du baccalauréat fait figure d’acte politique majeur. Napoléon rétablit les universités de l’Ancien Régime que la Révolution avait supprimées et crée au passage des facultés nouvelles.
L’empereur recrée dans la foulée un examen qui sanctionne le passage du lycée à l’université sur décombres de l’antique "maîtrise d’arts".
Le baccalauréat est né ainsi porté par le vent des réformes que le Premier Empire voulait faire souffler sur l’ensemble d’une société française alors à l’orée de la révolution industrielle du XIXe siècle.
Politiquement, "le bac" est donc tout sauf neutre. Il est le symbole du laxisme et de l’égalitarisme prêtes à la gauche, de l’élitisme supposé de la droite. Comme désormais on transcende officiellement ces clivages plus anciens encore que le baccalauréat, l’ascenseur républicain devrait compléter la sélection méritocratique.
Il faut se rendre définitivement à l’évidence. Le baccalauréat actuel, à bout de souffle, a vécu. Même si on se plaît à l’encenser (rarement) ou à le déglinguer (souvent), même si la lecture des résultats dans les cours de lycées suscite toujours autant de larmes, de cris de victoire et de soupirs de soulagement, même si chaque année les chiffres sont disséqués, les autorités se précipitant sur les courbes favorables pour en tirer des conclusions encourageantes en même temps que d’heureux présages, le baccalauréat s’use résolument.
Ce sésame plus que bicentenaire, symbole de réussite et de commencement glorieux, d’émancipation aussi, va-t-il résister au souffle de changement dont le pouvoir actuel veut faire sa marque ? Il semble que oui.
Dans son discours de politique générale suivi du vote de confiance, le Premier Ministre Edouard Philippe s’est attardé sur le baccalauréat. Mardi dernier, devant les députés, le chef du gouvernement s’est engagé à le réformer et a proposé quelques pistes. Peut-être que cette fois ce serpent de mer de l’éducation sortira de l’eau et enfantera une vraie nouveauté ?

Thierry Durigneux - Le Quotidien / p.3