mardi 24 novembre 2020

Au tour du valet

C’était le jour d’après. Lundi, Emmanuel Macron s’était offert une formidable reconstitution historique, parfait à Ver-sailles, en roi Soleil, ou roi sommeil diront les plus taquins étant donné que le discours était un tantinet longuet.
Le président Jupiter fut si brillant en tentant d’illustrer sa conception hypercentralisée du pouvoir, qui chercherait à isoler tous ceux qui peuvent lui faire de l’ombre ou diminuer son emprise, qu’on le sentait à deux doigts d’annoncer la suppression du poste de Premier ministre. Il s’est finalement retenu.

Et son valet, Edouard Philippe, a pu faire son discours de politique générale hier devant l’Assemblée Nationale. Il aurait pu se contenter d’un : "Sa majesté lumineuse vous a tout dit hier".

Non, en fait, il a parlé pendant plus d’une heure. C’était impressionnant car il était applaudi toutes les dix secondes par les députés "oui-oui" de la Répu-blique en Marche. Le type aurait pu annoncer le retour obligatoire des épinards tous les midis à la cantine de l’Assemblée nationale qu’il aurait été ovationné de la même manière.
Que faut-il retenir ? Que Mélenchon a retrouvé sa cravate et que notre Jean-Hugues Ratenon a hérité de la meilleure place de l’hémicyclique juste derrière le chef de file des Insoumis, et que, du coup, on le verra souvent à la télé.

Accessoirement, Edouard Philippe, tranquillou, a annoncé 60 milliards d’euros de coupe dans la dépense publique d’ici 5 ans.
Il a évoqué une "intoxication à la dépense publique", ce qui est assez osé au lendemain d’un congrès inutile à 500000 euros.

Quand on cherche des sous le mardi, on commence, logiquement, par ne pas flamber à Versailles le lundi.
Et Macron pendant ce temps-là ? Au lieu d’écouter le discours de son collaborateur, il a passé quatre heures à bord d’un sous-marin nucléaire en plongée au large des côtes bretonnes. Là-bas au moins, il était certain d’y trouver du fond.

Luka Garcia - Le Journal de l’île / p.3