jeudi 13 août 2020

Une photo "c’est-moi-le-patron"

Sans blague, il est gonflé Mélenchon. Le voilà qu’il se drape, sort ses grands airs de l’humiliation pour annoncer qu’il, avec ses Insoumis, boycottera le Congrès. Du coup, un député réunionnais restera sur le carreau : Jean-Hugues Ratenon. C’est pas chouette de priver ainsi des élus valeureux d’un tour par Versailles. Ratenon peut se consoler : il a eu droit, hier, à cinq minutes d’interview sur France Info. Cinq minutes pour lui tout seul face à un journaliste scotché de ce parcours, du RSA-activité à l’Assemblée nationale. À‡a fait moins le buzz qu’un quart d’heure au Grand Journal à hurler sa haine de l’impôt français et ses menacettes d’exode fiscal (Thierry Robert en 2013) mais c’est un peu plus classe.

Mais bon, l’info du jour, c’est quand même la photo officielle du président. Très "beau gosse", il faut avouer, avec ces yeux bleus des mers du sud, ce sourire "t’as-vu-ça-hein ?" et cette fossette sur la joue droite. Très "c’est-moi-le-patron", et c’est bien normal, sauf que bien des parlementaires commencent à le trouver un peu trop patron, justement, Emmanuel Macron. Certains digèrent mal cette intervention prévue lundi à Versailles, qui fera de l’ombre à la déclaration de politique générale de son Premier ministre le lendemain. Du coup, le voilà baptisé "En marche de l’empereur" par des persiflards. Il faut bien rire.

Cette photo, donc, regorge de détails savamment calculés, disséqués par les journalistes et les moucateurs d’Internet. La fenêtre ouverte, par exemple, c’est "l’ouverture sur le monde", l’horloge, c’est le "maître du calendrier des réformes" (il est 8 h 20, apparemment), les deux iPhone posés sur la table c’est la modernité et le coq qui se reflète dedans cette bonne vieille France associée à la modernité. Il fallait y penser.

Nous noterons aussi les Mémoires de Guerre du général de Gaulle, très "je-suis-au-dessus-des-partis" et, en pléiade, "Le rouge et le Noir" de Stendhal et "Les nourritures terrestres" de Gide, alliage subtil de littérature classique mais tendue vers une recherche d’avenir esthétique.

Il y a donc l’art, mais la manière est également essentielle : c’est sur Twitter qu’a été dévoilée cette photo, accompagnée d’un making of de 45 secondes, filmé par la conseillère en com du président, Sibeth Ndiaye. On y voit Macron choisir minutieusement la page du livre de de Gaulle avant de poser. Question : mais quelle est donc cette page ? Réponse d’un twittos : "Ce qui me dérange, c’est plutôt la mise en scène de la mise en scène". C’est assez bien résumé. Allez, promis, à partir de lundi ! disons mardi après le discours d’Édouard Philippe ! c’est boulot. Parce que c’est pas le tout mais il y a quand même un pays à gérer.

David Chassagne - Le Journal de l’île / p.3