dimanche 09 août 2020

Un assistant "bénévole"

À Paris, la députée Nadia Ramassamy sera bien assistée par son fils. Mais ce sera sous la forme du bénévolat, assure-t-elle.

La scène se passe mercredi dernier, à l’Assemblée Nationale. Les députés fraichement élus arrivent un à un au Palais Bourbon où un accueil tout particulier est réservé aux "petits" nouveaux. Voilà que Nadia Ramassamy arrive dans la cours d’honneur accompagnée d’un jeune homme qui se présente aux journalistes. Charles-Antoine Nillameyom donne spontanément ses coordonnées à notre correspondant à Paris, qui réalise ce jour là un reportage sur la rentrée des députés réunionnais. "Si besoin", précise t-il, laissant entendre très clairement qu’il assistera au quotidien la nouvelle parlementaire. Mais à l’heure des présentations, il oublie un détail de taille : il est le fils de la députée fraichement élue dans la sixième circonscription. L’information est revélée dans nos colonnes deux jours plus tard dans l’édito de Jacques Tillier.

Depuis, Nadia Ramassamy fait dans le rétropédalage. Elle jure qu’elle n’avait pas choisi son fils pour travailler à ses côtés. "Mon pauvre enfant ! Je ne comprends pas. Il y a dû y avoir un quiproquo. Si mon fils a donné ses coordonnées aux journalistes, c’est parce que j’étais occupée par ailleurs", assurait-elle hier, "à aucun moment il n’a été question qu’il soit mon attaché parlementaire. Un enfant a quand même le droit d’accompagner sa maman pour son premier jour à l’Assemblée Nationale, non ? Je ne vois vraiment pas où est le mal. Il n’y a pas matière à polémique".

Un député qui embauche un de ses enfants comme attaché parlementaire ? La pratique était aussi courante que tabou jusqu’à ce qu’éclate une séries d’affaires ces derniers mois, dont la plus célèbre a contribué à la chute de François Fillon. D’un point de vue légal, Nadia Ramassamy a d’ailleurs tout a fait le droit d’embaucher un proche. Au moins jusqu’à ce que soit votée, et appliquée, la fameuse loi de moralisation de la vie politique promise par Emmanuel Macron et présentée début juin par François Bayrou lors de son passage éclair au ministère de la justice. Mais dans le contexte actuel, le choix de la Dionysienne aurait justement eu de quoi surprendre. Elle dit : "Comme il le fait depuis de nombreuses années, mon fils va continuer à m’aider et me conseiller. Nous nous entraidons, nous sommes comme ça dans ma famille. Mais tout ce qu’il fera sera à titre bénévole". Travaillera t-il au Palais Bourbon ? "Ce sont des détails pratiques que nous devons encore régler", poursuit-elle. Dans les faits, c’est possible puisque l’Assemblée Nationale reconnait bien le statut d’attachée parlementaire bénévole même si les cas sont extrêmement rares.

En tant que députée, Nadia Ramassamy va se voir attribuer une enveloppe mensuelle de 9560 euros bruts pour rémunérer ses attachés : "J’ai prévu le recrutement de quelqu’un à Paris, avec des compétences bien particulières. J’envisage également de prendre un deuxième assistant, à la Réunion". Elle promet : "Pas un centime de fonds publics ne profitera à mes enfants".

Le Journal de l’île / p.11