mercredi 12 août 2020

Le président arc-en-ciel

On fêtait la "gay-pride" tout ce week-end en France, et à travers le monde. Alors évidemment, Emmanuel Macron y est allé de son "tweet", vantant une France "arc-en-ciel", riche de ses "diversités". Le propos est clair mais ne peut pas faire oublier que le Président de la République, avant et après son élection, a multiplié les messages contraires, parfois contradictoires. Sur la question des droits "LGBT", Macron a surtout finassé. En campagne d’abord, il avait regretté "l’humiliation" de la France opposée au mariage pour tous. Devant le tollé suscité, il s’était ensuite engagé à ce que la communauté homosexuelle voit en lui, "toujours un défenseur". Pédalage, rétropédalage. Ni le premier, ni le dernier pour l’homme du consensus mou.

Depuis ? Les deux gouvernements "Philippe" ont suscité de nouvelles inquiétudes. Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmamin, pour ne citer que lui, a été un très zélé détracteur du mariage gay. Malaise, toujours, aux législatives où Olivier Serva, un candidat "En Marche", a été investi et élu, après avoir qualifié la loi Taubira "d’abomination". Le même terme avait valu à Christine Boutin une condamnation en justice…

En campagne, Emmanuel Macron avait promis de protéger la loi Taubira et d’ouvrir la PMA aux couples de femmes. Une promesse non tenue de son prédécesseur à l’Élysée. Là encore, ce n’est plus si clair. Le Président élu s’en remet désormais à l’avis du Comité consultatif national d’éthique qui sera rendu demain. On l’annonce déjà comme particulièrement clivant. Au risque de voir s’effriter son fameux consensus face à l’opposition inévitable de la droite et de la manif pour tous, Emmanuel Macron va devoir trancher dans le vif, s’engager franchement. Un exercice compliqué pour un type qui commence une phrase sur deux par "pour que les choses soient bien claires" mais qui a érigé le louvoiement en arme suprême, au point que, finalement, rien n’est jamais très clair. Il y a là, sur la question des droits des minorités sexuelles, une sérieuse ambiguïté à lever. Sur ce sujet. Comme sur tant d’autres.

Luka Garcia - Le Journal de l’île / p.3