vendredi 07 août 2020

Pantalonnade, chats fourrés et bonnes affaires

En périphérie de l’affaire à tiroirs de la NRL, sur laquelle on ne peut que supputer, supposer, présumer et finalement bavarder, les chats fourrés du Parquet national financier refusant tout contradictoire aux mis en cause et à leurs avocats, pour éviter qu’ils ne se défendent trop efficacement, au-delà des pizzas amenées au soir de la première journée de garde à vue, l’ambiance a tourné à la commedia dell’arte grâce à l’inimitable Thierry Robert.
On pourrait s’en étonner, sachant que le député-maire de Saint-Leu avait quitté le département pour s’en aller baguenauder au Palais Bourbon en compagnie de certains de ses nouveaux collègues, mais ce serait mal connaître le phénomène.
En effet, à peine arrivé sur le sol parisien, explique sur sa page faceBook le remuant futur-ex-maire de Saint-Leu (il se rétrogradera simple conseilleur municipal au plus tard dans un an, quand les recours qu’il envisage auront fait long feu), que son fils de 12 ans, Anthony donc, actionnaire comme ses deux frères de la société ROTHIM SCI, l’informe de ce que le portail de la résidence familiale a été tagué de menaçante manière.

Jugez du peu : "Avec cet ou la dit sur la NRL cet après-midi ou lé mort". Passons sur la syntaxe qui peut effectivement choquer un écolier, fut-il porteur de 10 000 parts sociales, l’ex-gérant mais toujours ayant droit de la dite société ROTHIM SCI, a fulminé en direct sur faceBook une rafale de menaces dignes du héros du remake d’un film d’action hongkongais : "Zot la touch un Brin cheveux su mon famille… zot va connaître la suite !!!! Ils me cherchent, ils vont me trouver !"
Sans l’ombre d’une hésitation, Thierry Robert a su qui était l’instigateur de ces "menaces" et s’est drapé dans sa panoplie de héros vengeur, et surtout de délateur, "balance" en termes argotiques : "A toutes les personnes qui connaissent des choses sur ce qui s’est passé sur ce chantier, mettez moi des messages en privé, je me chargerai d’en informer le Parquet national financier…" Le bel auxiliaire de justice que voilà !

Sur Freedom, il déclare ensuite : "…Dès demain j’irai en arrivant direction Région Réunion (…) que le président de Région souhaite me rencontrer ou pas, je tiens à dire à cette radio qu’il sera obligé de me rencontrer que ce soit à la Région, soit je crécherai devant son domicile toute la nuit, le matin, deux jours trois jours s’il faut mais il me rencontrera car (…) c’est une menace liée à ce que j’ai dit hier à la Caserne Vérines (…) je vais lui dire, on fait de la politique certes, mais il tient ses gros bras et ses nervis car si on touche ne serait-ce qu’à un Brin de cheveux su mon famille ça va très très mal se passer, parce que s’il veut être un petit dictateur je peux comprendre, mais de là à venir toucher à ma famille ou faire du physique là il y a une limite intolérable qui a été dépassée (…) donc moi ce genre de pression (…) zot la pou jouer avec le feu…"
Cette belle tirade radio-diffusée, qui est quand même un brin diffamatoire car elle incrimine directement Didier Robert, a été sponsorisée par Thierry Robert sur faceBook, histoire d’en assurer la plus large diffusion.

Pour finir, Thierry Robert, toujours sur son réseau social favori, s’est vanté d’avoir adressé un texto impératif au président de Région : "Bonjour, je viens de vous appeler plusieurs fois vous me raccrochez au nez ! Si vous voulez jouer à ça, on verra ça demain à mon retour. Je veux juste une rencontre une rencontre avec Mr (sic)- Didier Robert, j’espère que ça se fera demain ! J’attends avec impatience un retour…" Petit souci, ce texto n’a jamais été adressé à Didier Robert… Sans doute à quelqu’un d’autre mais pas à lui. C’est un peu gênant de ne pas savoir qui l’on menace finalement.
C’est comme à l’Assemblée nationale, il peut-être paradoxalement difficile pour un élu comme Thierry Robert d’être admis dans le groupe de la majorité présidentielle faute d’avoir été investi et pour les mêmes raisons d’ailleurs. À ce titre, M. Robert qui est à ce point impécunieux qu’il ne peut payer ses condamnations en Justice, quand bien même il poursuit ses activités de promoteur et d’agent immobilier au nez et à la barbe du Conseil Constitutionnel, est un maire bien singulier.
Une bonne affaire grâce à la providence et aux bonnes dispositions d’un conseil municipal indépendant
En effet, courant octobre 2015, le conseil municipal de la mairie de Saint-Leu devait examiner le rapport n°4, ayant pour objet la décision prise par le conseil municipal d’exercer ou non un droit de préemption urbain sur les parcelles immatriculées DK 496 et DK 492, propriétés de la SCI Les Clos de L’ Entre-Deux, elle-même propriété de… Thierry Robert, député maire. Étant lui-même intéressé par l’affaire, le député maire ne pouvant exercer cette délégation, c’était donc au conseil municipal de statuer sur l’exercice du droit de préemption des parcelles DK 496 et DK 492. Lequel a refusé la préemption des deux terrains. Un tour de passe passe formel pour dégager la responsabilité du maire. Mais Thierry Robert est à l’époque toujours gérant de la SCI en question, en totale contradiction et en infraction avec la nature de son mandat de député depuis 2012. Les faits se produisent en octobre 2015, sa démission des différents mandats de gérance n’interviendra qu’à la fin octobre 2014.

Par ailleurs, la SCI Les Clos de L’ Entre-Deux propriétaire des deux parcelles a vendu ces deux lots à une dénommée Évelyne Lebon alors même que les deux parcelles n’étaient pas sa propriété au moment de la cession… Et pour cause, le conseil municipal n’avait pas encore décidé, au moment où Thierry Robert réalisait la transaction, si la municipalité se rendait acquéreur ou non de ces deux terrains. Comment était-il possible d’anticiper sur cette décision à venir sans être voyante extra-lucide ?
Le lundi 11 octobre 2015, Thierry Robert décide d’acheter les deux terrains d’une surface de 359 m2 à Monsieur July pour la somme de 32 000 €, somme qui ne devait pas être rétribuée en numéraire mais en nature, par la construction d’un "mur moellon" réalisé par … Thierry Robert.
En conclusion, le terrain acheté 32 000 € a été revendu avant même d’avoir l’agrément définitif de la part de la municipalité pour un montant de 145 500 €. Une bonne affaire grâce à la providence et aux bonnes dispositions d’un conseil municipal indépendant. M. Robert devrait donner le tuyau au Parquet National Financier, la Justice manque de locaux confortables.

Philippe Le Claire - Le Journal de l’île / p.3