mercredi 28 octobre 2020

Le zembrocalisme en action

Il a quand même un sacré bon goût, le "zambrocal avarié" que décriait Vergoz il y a maintenant vingt ans. À l’époque, le socialiste montait sur ses grands chevaux - avec raison - sur l’attelage qu’avait réussi à former Vergès, ralliant sur sa liste des régionales (on n’invente rien) Joseph Sinimalé, Hilaire Maillot et même Jean-Louis Lagourgue ! Vingt ans plus tard, nous ne sommes plus tout à fait dans la même configuration mais le zembrocalisme est toujours en action, vaillant, protéiforme, sans limites.

Il se traduit, dans ces législatives, par un entre-deux tours absolument désopilant concernant les soutiens affichés ici et là. On utilise le terme désopilant car il vaut mieux en sourire, dans un premier temps. Non, franchement, il y a quelque chose de tragi-comique dans le soutien de Jean-Jacques Vlody à Jacquet Horau, par exemple. Voilà un député socialiste qui, après avoir pris une veste du plus beau tissu, la retourne, ni plus ni moins, en soutenant son supposé adversaire municipal au Tampon. Vlody n’aurait rien dit qu’il se serait grandi.
On croule sous les exemples remplis d’humour. Qu’un Panechou rejoigne Ericka Bareigts n’a rien d’anormal, le premier ayant, au fond, commencé sa vie militante au PS. Mais que Foucque soit sur la même photo de famille relève presque de la farce, après avoir créé un parti intitulé, n’en jetez plus, "RPR".
On atteint les limites de l’irrésistible quand Jean-Hugues Ratenon, déclaré clairement opposant à Macron, reçoit le soutien de deux des plus fervents afficionados du nouveau roi de France, Thierry Robert et Monique Orphé. À côté de ça, le rapprochement de Sandré Sinimalé et Thierry Robert n’est que galéjade. On n’ose à peine continuer tant, une fois l’affaire prise sérieusement, elle confine au sinistre.

Nous aurons donc tout eu, dans ces législatives, au nom du centrisme opportuniste. Des envies, des illusions, mais surtout beaucoup de reniements. Il n’y a rien à comprendre dans ces tourné-viré sinon la protection de quelques équilibres insulaires instables. En reniant allègrement l’envie affichée de "faire autrement", on continue piètrement les arrangements antiques. Mais le pire, au fond, c’est de croire que ces manœuvres impactent l’électorat. Qu’y comprend-il, l’électorat ? Rien, évidemment, sinon l’impression d’être baladé par des forces qui le dépassent. Enfin… des forces, c’est relatif. Vu le nombre d’électeurs du premier tour, les quelques "petits" candidats exhibés ici et là comme des prises de guerre ne risquent guère de changer la donne.
Bref, après une présidentielle où, qu’on le veuille ou non, il s’est passé quelque chose, nous vivons des législatives réunionnaises où il ne se passe… rien. Rien de nouveau, rien d’enthousiasmant et surtout rien de franchement admirable. Les zembrocals d’antan, finalement, avaient bien plus de goût !

David Cassagne - Le Journal de l’île / p.3