mardi 04 août 2020

François Bayrou dans le rôle du boulet

Peut-on être président d’un parti visé par une enquête préliminaire sur des soupçons d’emplois fictifs et en même temps ministre de la Justice porteur d’une loi emblématique pour la nouvelle majorité sur la moralisation de la vie publique ?

Poser la question, c’est évidemment y répondre un peu. Car plus les jours passent et plus le ministre Bayrou ressemble à un boulet pour le chef de l’État, son Premier ministre et sa nouvelle majorité.

Déjà dans le casting gouvernemental, la nomination du maire de Pau en a fait tiquer plus d’un. De façon évidente, François Bayrou ne colle pas vraiment à l’étiquette « renouvellement de la classe politique ». Si l’on prend les critères d’En Marche !, celui qui a été plusieurs fois député et ministre fait incontestablement partie de « l’ancien monde ». Ce monde qui a été rejeté avec force ce dimanche aussi bien à travers le score réalisé par le parti macroniste et tous ses candidats plus ou moins novices mais aussi par le résultat de l’abstention indiquant une désaffection du corps électoral et un manque de confiance envers la représentation nationale. En raison de son poids politique et de son ralliement durant la campagne présidentielle, François Bayrou a été remercié en devenant garde des Sceaux, échappant à la grande lessive entamée avec les primaires de la droite et de la gauche.

Et voilà qu’à travers la loi de moralisation et les soucis du Modem, cette question de la justesse du casting gouvernemental se repose sous une autre forme.

François Bayrou a-t-il compris les nouveaux codes en vigueur que veulent à tout prix promouvoir à la fois le chef de l’État et son Premier ministre ? A-t-il entendu le message sorti des urnes depuis les primaires jusqu’à ce dimanche qui appelle au " remplacement ", au changement de méthodes ?

La réponse est non. Hier, c’est ni plus ni moins Édouard Philippe qui l’a fait comprendre en tançant son expérimenté aîné. Motif de la réprimande sur le carnet de notes de l’élève Bayrou : ses coups de fil indignés à Radio France pour se plaindre des appels des journalistes au sujet de l’enquête sur les emplois d’assistants parlementaires du Modem. Pour se justifier de telles pressions, François Bayrou avait expliqué avec beaucoup de mauvaise foi avoir appelé en tant que " citoyen " estimant que cela n’avait " rien à voir " avec sa fonction.

Jérôme Talpin - Le Quotidien / p.3