mardi 27 octobre 2020

Notre vie avant de devenir SDF

Avant, ils avaient un toit, une famille, une vie... Mais un jour, sans qu’ils ne comprennent vraiment pourquoi, ils se sont retrouvés à la rue. Des SDF, originaires de divers endroits de l’île, nous racontent comment leur vie a basculé.
On les croise dans la rue, allongés sous un abribus, fouillant les poubelles ou assis sur le bord du trottoir, la main tendue... La plupart du temps, ils semblent juste éteints, mais parfois certains ont les yeux vitreux et tiennent un discours délirant. Les regards qui se posent sur eux traduisent toutes sortes d’émotion, allant de la pitié au dégoût, en passant par la peur et la gêne. Et quand ils ne sont pas empreints d’indifférence, ils laissent aussi deviner les questions silencieuses : "Qu’a-t-il bien pu faire pour se retrouver à la rue ?" "Comment la famille peut-elle se montrer aussi cruelle et l’abandonner dans une telle détresse ?" "Mais peut-être qu’il l’a méritée, cette situation, après tout ?"...

En vérité, il existe autant d’histoires que de SDF. Et d’après une enquête réalisée par l’ORS en 2010, près de 400 personnes seraient à la rue à la Réunion. Des personnes majoritairement âgées entre 35 et 54 ans, et qui, bien souvent, avaient une vie on ne peut plus ordinaire avant de se retrouver complètement démunies. C’est le cas de Jean-Marc, 58 ans, qui avait une maison, un travail, une femme et des enfants... Jusqu’à ce qu’un accident domestique ne fasse voler sa vie en éclats. Jamais il n’aurait cru finir un jour à la rue, mais il a beau répéter que sa "situation n’est pas normale", depuis trois ans il dort sur le bitume. Comme lui, Marcel ne s’imaginait pas non plus devoir faire un jour les poubelles pour vivre. Revenu dans son île natale après une trentaine d’années en métropole, il pensait trouver de meilleures conditions de vie ici. Aujourd’hui, il dort sur un béton "qui craz le corps" et il a complètement perdu foi en l’avenir. D’un centre d’aides à un autre, il attend simplement que les jours passent.

Le Journal de l’île / p.12