mardi 20 octobre 2020

La vraie lutte pour le pouvoir…

La présidentielle est une compétition qui repose désormais sur l’affrontement de personnages qui souffrent tous d’un handicap lourd dans leur aptitude future à exercer le pouvoir. Marine Le Pen, qui mise tout sur sa personne, son charisme et le rejet du "système", Europe y compris, pourrait franchir le cap du premier tour et même, qui sait, du second… Mais comment pourrait- elle ensuite gouverner ? Il lui faudrait pour ce faire une majorité à l’Assemblée, et rien ne permet d’envisager l’émergence soudaine d’un tel rassemblement du fait du caractère hétéroclite des candidatures FN aux élections intermédiaires. Quant à imaginer une cohabitation, à l’exception de quelques centristes subitement revenus à leurs premières amours, la chose est difficile à imaginer. Une cohabitation, pour Marine Le Pen, ce serait l’occasion rêvée de se "normaliser" mais il est difficile d’imaginer les socialistes, même en pleine débandade, Les Républicains, même frustrés au dernier degré, ou les Macroniens, si tant est qu’il en reste un seul en cas d’échec d’Emmanuel Macron, offrir une telle opportunité à la fille du Menhir, qui contrairement à son père, veut vraiment le pouvoir.

Emmanuel Macron, le centripète, au contraire de Bayrou, le centrifuge, tire sa force de l’espèce de mouvement qu’il suscite par sa candidature empreinte de césarisme. Il attire à lui une foule hétéroclite d’élus en rupture de ban, de personnalités politiques qui veulent jouer placé, mais peine à susciter une réelle confiance, au-delà de ses fans, en l’état actuel des choses. Il est condamné à la victoire et ne souffrira pas le moindre échec. Son mouvement repose sur une équipe restreinte qui chapeaute une foule baroque aux ambitions aiguisées, mais quand bien même il remporterait la victoire, rien ne lui garantit une majorité. Ses futurs candidats aux législatives sont recrutés sur un mode fort peu politique, et nul ne sait combien passeraient réellement l’obstacle des deux tours des législatives…

Au-delà, il lui faudrait négocier une majorité composite, en passer par les desiderata de ses alliés de circonstance, qui seront nombreux à se hausser du col, et à terme, marchander continuellement la réalisation de sa politique, sous la menace de motions de censure à répétition. Alors certes, une partie des élus PS survivants ferait nombre, mais il ne faut pas compter sur les camarades de Benoît Hamon, ou sur les conjurés de la France insoumise, fort remontés contre ce que symbolise pour eux Emmanuel Macron.

Reste François Fillon, que les sondages placent en troisième position avant le premier tour et considèrent donc comme horsjeu. Si ce n’est que les sondages dans la configuration actuelle ne valent sans doute pas tripette, et qu’il est toujours possible que le vainqueur de la primaire de la droite et du centre réunisse quelques pourcentages de plus que ce qui est prévu… Dans le cas Fillon, et sans jeu de mot, le handicap se situe en amont, du premier tour. Car en cas de succès- surprise, il pourrait compter sur son camp ; d’ailleurs si les centristes de l’UDI l’ont rallié, c’est exclusivement dans la perspective des législatives où ils peuvent espérer un réel soutien de l’appareil LR.

Car les législatives ne seront pas obligatoirement le reflet de la présidentielle en termes de reports de voix, les précédentes élections intermédiaires ayant montré qu’un fort désir d’alternance existait au profit des candidats de droite ; lesquels sont implantés et disposent d’une base solide au contraire des Macroniens dont aujourd’hui on ne sait rien. La stratégie de Manuel Valls qui se projette dans les législatives est indicative de ce que le jeu se déplace d’un scrutin vers l’autre et que le rôle des appareils va redevenir déterminant. Qui prendra la main sur le PS ? Un Hamon qui arriverait en cinquième position n’y pourrait prétendre. Martine Aubry qui porte le poids des pêchés commis pendant le quinquennat Hollande avec ses frondeurs en déroute non plus… Reste un Valls combattif qui pourrait jouer la partie avec Macron, en allié et non pas en vassal… Le PS n’est pas si mort qu’on veut bien le dire. Les primaires, en revanche…

Philippe Le Claire - Le Journal de l’île / p.3