mercredi 05 août 2020

Pitié pour nous pauvres automobilistes !

Pitié pour nous, pauvres automobilistes qui tous les jours que dieu fait, prenons la route pour aller ou boulot, conduire les enfants à l’école, monter à Saint-Denis, descendre dans l’Ouest ou le Sud… et retour. Cette prière ne s’adresse pas aux Dieux, au Grand architecte de l’univers, au Grand esprit, ou à un quelconque prophète, mais plus simplement aux dignes héritiers de feue la DDE, les stratèges de la Direction Régio-nale des Routes. Ces gens sont puissants qui ordonnancent les flux de la transhumance routière en fonction des éléments, des événements, du sens du vent, de la pluie, et… de nôtre sécurité. Ils ont inventé plein de choses uniques au monde ou presque, le canal bichique à géométrie variable, les basculements connectés aux pluviomètres, les filets anti sous-marins en l’air, les vitesses limitées pour profiter au maximum des risques de chutes de roches, les embouteillages monstres en pied de falaise histoire de faire "flipper" les paranos, les sessions de surf automobile par temps de houle… Ces pauvres gens font au mieux, mais la tâche est difficile, voire impossible, la route du littoral, on le sait, est impossible à sécuriser car la falaise est condamnée à s’ébouler jusqu’à ce que La Réunion devienne une île basse ou un atoll. On a le temps, certes, mais de là à nous inventer de nouveaux modes de basculement improbables, il ne faut pas pousser !
Que l’on se soucie de notre sécurité, c’est bien. Que nous soyons utilisés comme des cobayes automobilistes, passe encore, tant que ça ne dure pas trop longtemps. Mais que l’on nous impose des systèmes ubuesques de circulation alternés qui suscitent plus d’embouteillage que lors des pires encombrements… là, ça ne passe plus. Car enfin, comment peut-on prétendre sécuriser nos déplacements, en créant dès avant la Ravine à Malheur un premier goulet d’étrangement avec une demi-barrière qui contraint le flux à se rabattre sur une seule voie, avant d’imposer aux autos de s’empiler sur la voie de gauche, pendant que les camions, fourgons, taxis, mobylettes motos et petits malins filent nez au vent sur la voie de droite. Ce traitement désespérant se poursuit jusqu’à la Grande Chaloupe que l’on parvient à rallier en une heure environ ; il convient de préciser que l’embouteillage débute au niveau de la mairie de la Possession. Les Réunionnais sont bien gentils de patienter en grognant sur la file de gauche quand rien ne justifie de s’y stocker, et surtout pas la sécurité. Le pire dans cette histoire franchement absurde, c’est que l’on menace d’ores et déjà les réfractaires ou resquilleurs de sanctions, voire d’amendes, quand il ne se trouve, à longueur d’année, le moindre gendarme ou policier pour "faire la circulation". Pour flanquer des PV et planquer des radars, ça oui, mais juste après les embouteillages, après le tunnel de Saint-Denis. Ces menaces de sanctions sont absolument insupportables car les rares resquilleurs ne sont pour rien dans l’échec total du dispositif. En effet, à partir de la Grande Chaloupe, dès que voitures et camions, bus et le reste se retrouvent embarqués dans le canal bichique montant, sur une voie, on roule à 50 km/h de moyen-ne, comme par enchantement. La preuve par A+B que tout le nouveau système est foireux, ne vaut pas tripette, inutile et contraignant. Alors Stop ! Et surtout pas de répression, ce serait de la provocation.

Philippe Le Claire - Le Journal de l’île / p.3