mercredi 21 octobre 2020

La maladie du « Et alors ? »

« Bon usage des deniers publics », « bien dépenser », « principes d’intégrité et de probité ». Voilà les mots entendus, hier matin, à la chambre régionale des comptes (CRC) de La Réunion et de Mayotte, gendarme financier des collectivités publics, à l’occasion de sa rentrée solennelle. Pas médiatique pour un sou, avec des invités triés sur le volet (préfet, magistrats, élus, avocats), ce genre d’événement devrait pourtant être télévisé à des heures de grande écoute pour montrer qu’il existe encore des garde-fous, quelques contre-pouvoirs à la gabegie ambiante.

Sans doute cela pourrait-il contribuer à réconcilier le citoyen inquiet avec la vie politique. On peut rêver. Encore plus après le grand débat de lundi soir où les turpitudes présumées de François Fillon et Marine Le Pen ont été cachées sous les tapis.
De telles paroles de la part des magistrats financiers appelant à plus de transparence et de rigueur financière semblent paraître surréalistes au beau milieu de cette campagne présidentielle marquée par des révélations sur des pratiques présumées nauséabondes. Les esprits les plus chagrins y verront sans doute des discours hors-sol, bâtis sur des grands principes. Un rituel juridique réservé à une élite marquée par l’entre-soi et obéissant aux nécessités d’un décorum institutionnel. Des beaux discours un tantinet ésotériques qui ne résistent pas à la réalité crue du fonctionnement des partis. Ou qui se fracassent piteusement sur les pratiques courantes et malsaines des élus locaux ou nationaux.
Car les casseroles à répétition que traîne François Fillon, les scandales monumentaux cernant Marine Le Pen et sans impact sur son électorat, les accrocs de la « République exemplaire » de Bruno Le Roux peuvent conduire au pire du cynisme et aux discours récurrents sur le thème du « tous pourris ».

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3