mercredi 12 août 2020

Saint-Denis, bataille capitale

La ministre reste ministre et part en campagne. Ce n’est évidemment pas au hasard qu’Ericka Bareigts a choisi la date anniversaire de la départementalisation pour officialiser sa candidature aux législatives. Ni qu’elle a décidé d’arborer des roses épanouies sur sa robe, pour montrer son ancrage au Parti socialiste, son envie d’assumer l’héritage du mandat Hollande et son soutien à Benoît Hamon à la présidentielle. Du coup, hier, il était assez amusant de voir Gilbert Annette tout sourire - habillé de rose pâle, lui - alors qu’il a annoncé soutenir Emmanuel Macron. Le maire de Saint-Denis fera campagne pour son adjointe, tout comme une bonne partie de la majorité dionysienne, présente à la permanence du Moufia.
Cela signifie-t-il qu’il n’y aura pas de candidat En Marche ! sur cette première circonscription ? Sans doute est-ce là une concession faite par l’équipe de Macron à l’équipe Annette. Mais gardons-nous de toute conclusion définitive, la politique, comme nous le vivons en ce moment même, étant l’art du rebond.
En tout cas, si Ericka Bareigts s’est montrée déterminée, voire très assurée, la bataille qui l’attend sera rude. À Saint-Denis, rien n’est jamais simple. Cette circonscription est atypique, à La Réunion : elle s’étend sur une seule commune (et encore, pas entière, puisque le Chaudron et La Bretagne sont inclus dans la sixième), donc les législatives prennent donc toujours des allures de pré- ou post-municipales. En ce sens, les derniers scrutins - y compris la mobilisation des primaires de gauche - ont montré une réelle fragilité de Gilbert Annette et les siens, sur leur capacité à "tenir" leur électorat.
La droite en a profité aux dernières cantonales, à commencer par Jean-Jacques Morel, qui sera l’adversaire direct d’Ericka Bareigts dans cette bataille capitale. Or Morel, comme en témoigne son activisme dans l’opposition municipale, semble plus remonté que jamais, persuadé d’avoir les moyens d’en découdre, voulant profiter de la dynamique d’une droite locale qui, malgré les fissures internes, maintient une union assez inédite dans l’histoire politique réunionnaise.
La bataille sera d’autant plus rude que bien des inconnues planent. À commencer évidemment par le résultat de la présidentielle. Selon qui entrera à l’Élysée, la campagne, pour Ericka Bareigts comme pour Jean-Jacques Morel, prendra des tournures encore imprévisibles. On pressent que le second axera une bonne partie de son combat sur la critique féroce du quinquennat Hollande et des mandatures Annette. On a déjà constaté hier que la première se poserait en hyperactive de la cause ultramarine, ayant d’ailleurs fait savoir qu’elle ne comptait pas démissionner de son poste de ministre. Du moins pour le moment.

David Cassagne - Le Journal de l’île / p.3