jeudi 06 août 2020

Au-delà des idées reçues

C’est un sujet qui dérange. Mais c’est bel et bien un fait de société : chaque année, 500 jeunes filles mineures deviennent mamans à La Réunion. Et à peu près autant ont recours à une interruption volontaire de grossesse. Alors, plutôt que de triturer ces chiffres en leur cherchant absolument un sens, notre journaliste Nathalie Techer a voulu comprendre quelles réalités ils compilent. Quelle vie mènent certaines de ces toutes jeunes mamans.
Ce qu’elle a rapporté de ces rencontres et discussions peut surprendre mais les témoignages réunis dans notre dossier de ce jour ne sont ni trafiqués ni sélectionnés à dessein : celles qui parlent se disent "heureuses" et ne rien regretter. Leurs témoignages, évidemment, ne sont pas érigés en vérité absolue : c’est leur vérité à elles, leur expérience, leur ressenti. En aucune manière, il n’est ici question de généraliser un angélisme béat.
La preuve : elles-mêmes déconseillent aux ados de suivre leur exemple. Parce que la jeunesse qu’elles ont vécue est si particulière, si chamboulée. On devine, en lisant leurs histoires, que ce "bonheur" dont elles parlent aujourd’hui n’a pas été simple à fabriquer. Il aura fallu subir les moqueries, les incompréhensions, ses propres doutes. Il aura fallu apprendre à devenir femme alors même que l’enfance se terminait à peine. Il aura surtout fallu s’armer de patience pour que l’entourage accepte, à son tour, cette réalité. Ce que nous racontent ces jeunes filles, c’est qu’il y a bien souvent eu de la souffrance avant un sentiment d’apaisement. Et que pour affronter cette souffrance, il faut être entourée, armée, forte dans sa tête.
En publiant ce dossier, nous savons bien qu’il générera débats et prises de position péremptoires, au motif que "c’est mal" de "tomber enceinte aussi tôt", qu’elles "n’avaient qu’à se protéger", que "les services sociaux aident trop" ces jeunes filles, si bien qu’elles sont "incitées à passer à l’acte".
Mais chacun sait bien que la vie est une affaire bien plus compliquée que les avis tranchés. Qu’il y a d’un côté la théorie, les idées et les politiques publiques, et de l’autre la réalité, le concret et les vies intimes. Dans nos pages, aujourd’hui, nous ne posons pas la question du "c’est bien/c’est mal". Nous écoutons sans juger. Ce qui permet de réfléchir sainement.

David Chassagne - Le Journal de l’île / p.3