lundi 28 septembre 2020

Un nécessaire devoir de réserve

Enfin ! Après les invectives, les accusations voire les anathèmes, le temps du dialogue constructif semble être en passe de trouver un tout début d’amorce. Léger, fragile, mais tout de même existant.
Il y aura malheureusement fallu 20 attaques de requins, dont huit mortelles, des drames inimaginables, des tâtonnements, des expérimentations, des atermoiements et autant de réactions sous le coup de l’émotion, de la passion et de la colère pour qu’enfin l’ensemble des acteurs concernés par cette crise unique dans notre histoire puisse envisager de travailler dans une seule et même direction : préserver La Réunion du risque requin au maximum tout en protégeant son environnement.
Vendredi dernier, la quatrième réunion du Comité pour la réduction du risque requin aura, pour une fois, été non un règlement de comptes en bonne et due forme entre les différentes parties, entre écologistes et surfeurs, adeptes de la pêche de requins-tigres et bouledogues d’un côté et défenseurs d’une réserve marine accusée de tous les maux de l’autres.
Pratiquement tous ceux qui participent depuis le début à cette instance en sont ressortis unanimes, une fois n’est pas coutume : la discussion a été possible même si les échanges ont parfois été vifs et passionnés.
Un équilibre fragile comme l’est celui de nos coraux, qui ne demandent qu’à se rompre au premier coup de chaleur.
Après les saillies excessives du maire de Saint-André contre les "pseudo-scientifiques", après le geste imbécile de cinq jeunes surfeurs qui s’en étaient pris à coup de cocktail molotov et tags au siège de la réserve, après l’annonce de la Région Réunion de retirer sa subvention à l’organisme fustigeant son inertie, cette réunion était attendue comme celle de tous les excès à tout le moins verbaux. Il n’en a rien été.

Hervé Chossat - Le Quotidien / p.3