vendredi 07 août 2020

Les fonctionnaires : un électorat sensible

Tous les partis politiques français ont un jour envisagé, vertueusement, de supprimer la surrémunération des fonctionnaires qui coûterait 1,2 milliard d’euros par an. Aujourd’hui, même Benoît Hamon, le plus à gauche des socialistes, se fait le garant du maintien de cette spécificité ultramarine à géométrie variable. Depuis la Guadeloupe, il a ainsi promis de maintenir ce dispositif, histoire de ne pas se mettre à dos un électorat bien au fait de sa situation économique. Pourtant, Victorin Lurel lui-même, avait proposé dans un rapport à son nom, une suppression à moyen terme…
François Fillon dont le parti envisageait il y a peu une remise en cause progressive du système s’est clairement prononcé pour son maintien, sans jamais y revenir, ce qui laisse à penser que le sujet est définitivement classé. Quant à Emmanuel Macron, sa religion n’est pas franchement arrêtée sur le sujet, car nombre de ses soutiens et inspirateurs, du centre comme Jean Arthuis, ou de gauche mitterrandienne, comme Jacques Attali sont techniquement opposés à son maintien car ils considèrent ce dispositif comme désuet, générateur d’inégalités et contraire à la compétitivité des territoires où il est appliqué.

Et comme de bien entendu, l’aréopage macronien issu de Bercy lorgne sur cette ligne dont la suppression pourrait susciter une réduction symbolique des dépenses publiques dans le cadre du coup de rabot de 60 milliards d’euros qui devrait être exécuté sur les cinq années de cet hypothétique mandat. Mais comme il ne faut pas insulter l’avenir, et que pour promettre du sang et des larmes il faut s’appeler Churchill, Emmanuel Macron, lorsqu’il a légèrement dévoilé son embryon de programme pour l’outre-mer, s’est bien gardé d’annoncer un régime trop draconien. De fait, il s’est prudemment prononcé pour le maintien des surrémunérations "car aujourd’hui on ne peut pas les supprimer".

Philippe Le Claire - Le Journal de l’île / p.3