lundi 10 août 2020

Il y a tout à craindre de la justice version Le Pen

En campagne électorale, il y a les promesses en l’air, les engagements main sur le cœur et les flatteries mensongères. Mais il y a aussi ces phrases lourdes de sens, mûrement réfléchies, dont le sens dépasse largement les mots qui la composent. Hier, en meeting à Nantes, Marine Le Pen en a aligné quelques-unes sur la justice, qui nous éclairent sur le traitement qu’elle infligerait à cette institution, si elle devenait présidente. Pour Marine Le Pen - avocate de profession, ça n’a rien d’anodin - la justice est "une autorité, pas un pouvoir", et "les magistrats sont là pour appliquer la loi, pas pour l’inventer, pas pour contrecarrer la volonté du peuple, pas pour se substituer au législateur". Celle qui a prêté serment au barreau de Paris n’a honte de rien, lorsqu’elle met en garde contre "une dérive antidémocratique, oligarchique". Il faut bien davantage que du culot pour oser stipuler que "L’État de droit est le contraire du gouvernement des juges".
On l’aura compris : Marine Le Pen joue à fond sa stratégie de défense victimaire après les mises en examen de deux de ses proches. Mais nous dépassons là la simple stratégie de défense. Par ces phrases, assénées devant des milliers de personnes, répétées sur les chaînes de télé et de radio, nous voyons bien qu’il y a tout à craindre de la justice version Le Pen. Qu’elle l’appelle "pouvoir" ou "autorité", la justice, selon Marine Le Pen, doit surtout être contrôlable, par elle-même si possible, elle qui déteste les magistrats et les juges, leur dénie le droit à l’indépendance, s’en défie. Il est d’usage de dire, lorsqu’on brigue les plus hautes fonctions qu’il faut "faire confiance à la justice de son pays". Marine Le Pen dit l’inverse, en est fière, et c’est là que réside le danger.

David Cassagne - Le Journal de l’île / p.3