mardi 27 octobre 2020

Macron : la Providence des égarés…

Emmanuel Macron, le jeune homme énervé de la campagne présidentielle, placé sur orbite électorale aux dépens de François Hollande et de l’ensemble des prétendants socialistes, est engagé dans une trajectoire, dont on ne sait aujourd’hui si elle marque une simple révolution sur elle même, ou une hélice ascendante vers la voûte sphérique des cieux, républicains, cette apothéose métaphorique du candidat porté par le peuple en quête de transcendance politique. Ce n’est certes pas le secours tardif et intéressé des De Rugy et Bayrou, qui font de piètres chérubins, qui lui permettra de passer dans cette autre dimension de l’Être politique qu’incarnait le double corps du Roi, mais force est de constater que Macron en la jouant “bi” est en passe de réaliser ce que Bayrou n’a jamais pu figurer. Ce n’est pas facile d’être “bi”, car cette ambiguïté est contraire au manichéisme qui tient lieu de pensée au système politique français, lequel ne sait même plus pourquoi… Être “bi”, c’est s’affranchir des conventions, et d’une certaine morale instigatrice d’une moralité de pure forme. Être “bi” c’est se montrer capable d’incarner la synthèse de principes contraires, d’ajouter ce qui d’ordinaire divise… De fait, réunir en une seule entité la droite et la gauche, ne se revendiquer ni de l’une ni de l’autre, c’est quelque part revenir au temps sacré du pouvoir de droit divin où cette géographie parlementaire n’existait pas encore, l’équivalent politique de l’hermaphrodite originel… Mais pour l’heure Macron n’est que “ni, ni”, comme tant de centristes avant lui qui furent même taxés de “neneuh”, qualification qui n’est pas franchement valorisante. Et dans sa posture d’outsider qui aime tout le monde, on doit lui rendre grâce de ce qu’il figure la Providence des égarés, des orphelins de parti, des ambitions avides.

Philippe Leclaire - Le Journal de l’île / p.3